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Elsa Morante

Elsa Morante

Portrait de Elsa Morante
Image, G.AdC


« Nel momento stesso che la sua volontà disperata ripudiava il mio bacio, il suo corpo (che all’improvviso mi si faceva riconoscere, come se l’avessi visto ignudo), mi implorava, all’opposto, di ribaciarla ancora ! Questa implorazione palpitante e selvaggia attraversava tutte le sue membra, dai piedi rosa alle punte del petto, che sporgevano acute sotto la maglia. E nei suoi occhi spaventati trasaliva ancora quello sguardo umido, meraviglioso, intinto di un vapore azzurro, che vi avevo intravisto poco prima mentre la baciavo.
Gridai di nuovo :
- Nunziata ! Nunziatè ! »

Elsa Morante, L’Isola di Arturo, Oscar Mondadori, 1969, p. 305.


« Au moment même où sa volonté désespérée repoussait mon baiser, son corps (qui brusquement se révélait à moi comme si je l’avais vu nu) me suppliait, au contraire, de l’embrasser encore! Cette supplication palpitante et sauvage parcourait tous ses membres, de ses pieds roses à la pointe de ses seins qui saillait sous son chandail. Et dans ses yeux épouvantés tremblait encore ce regard mouillé, merveilleux, teinté d’une vapeur bleue que j’y avais entrevu tout à l’heure pendant que je l’embrassais. Je criai de nouveau :
- Nunziata ! Nunziatè ! »

Elsa Morante, L’Île d’Arturo, Gallimard, Collection Folio, p. 410.


« La science médicale assure que les songes sont un aliment nécessaire à nos longs sommes. Quand, par hasard, nous croyons qu’ils nous font défaut, ou cessent, c’est parce qu’en réalité nous les oublions, ou plutôt, à ce qu’on dit, nous voulons les oublier : peut-être pour nous défendre de quelque terrible larve qui menace notre paysage réel. On peut toutefois supposer – toujours selon les dires des médecins – qu’ils continuent à vivre et à croître dans nos dépôts souterrains, y créant, à notre insu, une serre monstrueuse, qui infeste de ses parasites notre champ vital, de fond en comble. Et ainsi, sous nos vicissitudes bien dénombrées, s’enterrent d’autres vicissitudes aveugles, soustraites de la somme, en deça du zéro comme les nombres négatifs. Et à la fin, notre expérience totale donne un hybride, dont seul nous apparaît le tronc exposé et mutilé, tandis que la partie enfoncée nous échappe pour disparaître dans une foibe. Cet hybride est mon corps même, est ton corps : c’est toi, c’est moi. Et peut-être, notre corps entier, déchiré par nos propres ciseaux, à l’heure dernière viendra de la croix spatiale à notre rencontre, baroque carnivore inconnu.

J’ai toujours été une énorme fabrique de rêves. Et s’il est vrai que notre temps fini linéaire est en réalité le fragment illusoire d’une courbe déjà achevée : où l’on tourne éternellement sur le même cercle, sans durée ni point de départ ni direction ; et puis si vraiment chacune de nos expériences, la plus petite ou la plus grande, est Là impressionnée sur cette bobine de pellicule, déjà filmée depuis toujours et en projection permanente; alors je me demande si les rêves aussi s’inscrivent dans cette totalité. Et si ma bobine, prise dans son ensemble, se révèlerait film d’horreur, ou comédie. Mais moi, en tout cas, je ne pourrais que pleurer, à le revoir; et je ne pourrais d’ailleurs vraiment plus me remettre à le tourner - miséricorde
       (petit scorpion encerclé avec Vénus en exil
       amer petit tarot de la mort). »

Elsa Morante, Aracoeli, Gallimard, Collection Du monde entier, 1984, page 356-357. Traduction de Jean-Noël Schifano



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