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06 juin 2012

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J'ai découvert, hier, ce livre étonnant. Un travail d'historien extrêmement clair et documenté se tresse avec une parole vibrante et émouvante, celle, d'abord, d'Angèle Paoli qui accepte de scruter sa mémoire familiale pour comprendre la force des racines qui l'attachent à l'île. Avec pudeur et finesse, elle dresse un portrait vivant des amis corses, des siens et, au-delà, des hommes corses et des femmes. Une élection pour ce Cap Corse "Le bout du monde" "trop sauvage, trop venteux, trop tourmenté" et pour son village, "perché" mais ouvert sur la mer dont elle ne saurait s'éloigner longtemps - même si elle est une grande voyageuse. De ce socle d'histoire, on ne s'attendait pas soudain à une méditation sur les frontières de l'île : "Habiter une île, et plus encore une "île dans l'île", confirme le sentiment d'habiter hors du monde, coupé du monde - et quasi abandonné de lui. Cet isolement presque total - de novembre à mars - décuple les forces ontologiques de l'ambivalence. Ainsi, le désir d'être ici, d'enraciner sa vie dans ce paysage de montagne et de mer s'accompagne-t-il nécessairement de son contraire, le désir de l'ailleurs. Mais l'ailleurs se dérobe à son tour et le fantôme de l'île, son fantasme, reprend ses droits." (p. 47 - chap. 5). Je chercherai le développement poétique de cette étreinte du cœur dans un autre livre que vient de signer celle qui est aussi poète : "Solitude des seuils"...
La parole, aussi, de Paul-François Paoli qui cosigne ce très beau livre et qui interroge le lecteur par une question forte (chap. 22): "Qu'est-ce qu'être corse ?". Il écrit : "On peut aussi "être corse" tout en ayant quitté l'île, si l'on en cultive la nostalgie ou tout simplement en se "sentant corse." Suivent ces lignes émouvantes d'un homme qui sait ce dont il parle : "Alors donc qu'est-ce qu'être Corse ? C'est d'abord, selon nous, l'affirmation d'une relation affective particulière à ce pays et avant tout à un village unique. Et dans le cadre de ce village à la casa, la maison qui symbolise le foyer, le lieu fondamental et protecteur. C'est enfin une relation à la région elle-même."
Deux voix magnifiques pour explorer "Kallisté, la plus belle" (voir le magnifique cahier hors-texte inclus dans le livre et les nombreuses descriptions des joyaux de l'île par A.P.) enchâssées dans l'Histoire de l'île excellemment présente au long de ces 223 pages. De l'Antiquité, des invasions barbares (les razzias), des Génois et leurs tours défensives, jusqu'aux citadelles, la Promesse de Quierzy et l'ombre de Charlemagne, on découvre les convoitises multiples qu'a suscitées cette île rêvée dès le Ve siècle jusqu'à son rattachement ambigu avec la France en 1768 et plus tard la grande histoire qui commença avec la France impériale et se continua chaotique, au-delà.
On comprend en lisant ces pages comment le nationalisme corse est né, "d'un trauma d'ordre affectif". "L'insularité et l'isolement sont au fondement de l'identité corse". Il n'a pas suffi que Pascal Paoli tente de former "une communauté politiquement responsable". P-F. P écrit : "Aux yeux des continentaux, la Corse entretient donc une relation équivoque avec l’État, bien venu quand il aide, mal venu quand il entend faire respecter la Loi.". Et il analyse avec force cet imbroglio de violence et de douceur.
Le "Riacquistu"... la religion, les légendes (le mazzérisme) et les mythes ne sont pas oubliés, ni les écrivains et poètes, ni les artistes qui l'on aimée, cette Corse duelle et encore moins sa langue.
On comprend en tournant lentement les pages du livre Les Romans de la Corse (éditions du Rocher) ce qui a poussé Angèle et Paul-François Paoli "à se tourner vers le passé, à remonter le cours du temps vers les origines lointaines de l'île", à en explorer l'Histoire car "ils l'aiment la Corse, sans complaisance... Le véritable amour est toujours une épreuve."
Magnifique "Roman"...


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