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18 octobre 2011

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Le moment est venu de vous dire adieu à mon tour, cher Andrea. Je n’oublie pas la joie surprise que me fit votre première lettre, à laquelle je répondis en vous envoyant un perce-neige que j’avais cueilli pour vous dans le jardin. Vous m’avez répondu en me donnant les noms de cette fleur en dialectes frioulan et vénitien, et je vous ai répondu en vous donnant leurs noms bretons. Et ainsi de suite.
Nous avions en commun la Résistance où vous avez pris parti les armes à la main, tandis que mon enfance se passait dans les horreurs de la guerre. Nous étions tous deux amoureux du " paysage".
Vous parcouriez les chemins de Pieve-di-Soligo, moi ceux de L'Ile Grande.
Bien sûr, vous écriviez avec maestria, moi beaucoup plus modestement.
Une souffrance secrète aussi nous unissait : une phobie sociale qui nous fit, et me fait encore, beaucoup souffrir. Nous n'avons ainsi jamais fréquenté les moindres salons de la modernité. Et il me semble qu'il en a été bien tant pour vous que pour moi. La seule vue d'un églantier nous ravissait. Et notre attachement ― que d'aucuns ont jugé pathologique tant pour vous que pour moi ― à notre lignage de gens pauvres a scellé notre amitié.
A présent, vous reposez dans le petit cimetière frioulan où la neige ne va pas tarder à tomber. J'aurais souhaité que votre tombe soit couverte de ces petites fleurs tellement vaillantes, tellement à votre image, et à l'image de votre oeuvre. Car celle-ci nous reste, et nous la relisons toujours avec le même ravissement, la même émotion aussi.
Cher Andrea, je vous dois beaucoup et en ces temps où les occupations humaines se dédient trop souvent à l'"instinct de mort", sachez combien votre absence me touche. Car vous étiez principe de vie et d'espérance. Je me permets, cher Andrea, de vous dire donc adieu comme il convient de le faire quand on a, comme moi, beaucoup reçu de vous.
Adieu donc, cher Andrea !

Denise


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