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20 août 2011

Commentaires

C’est ce que j’ai toujours aimé semer et laisser pendre de ma main comme des grappes de bonheur: des mots- miroirs qui prêteraient à mon intention tous les sens qui disent la générosité de mon langage et renverseraient le monde qui lui prête un sens renfrogné.

La poésie contemporaine crée des débordements que même les mots indépendants les uns des autres craignent.
Mais si un jour, par la force du rejet d’un poème, les mots prenaient leurs valises et quittaient d’un seul élan le langage des hommes ? Et, positivement, si un jour par la force du jeu auquel le poète initie ses mots, le langage prenait l’initiative de ressusciter une Babel heureuse !?

"écrire la mère vide" réinvente l’élan du mot : de "mère" à mer (sous- entendue), ce à quoi tend probablement le sens, lexical au moins, en passant obligatoirement par "chimère", le poète comme un chirurgien (idée bien ancienne de Valery) s’emploie ingénieusement à couper et à réorienter ses mots vers le conduit qui refonde la virginité de leur sens et du monde de celui-ci.

Ce qui m’étonne pourtant et m’épate en même temps dans cette poésie qui fait toupiller le sens, c’est la disparition des connotations trop liées à une racine. Point de racine, sinon celle de ma modernité, de l’homme du XXIe siècle, ou celle de mon ancienneté, celle de l’homme tout court. En un sens celle de toutes mes civilisations humaines confondues. C’est assez, c’est beaucoup pour un homme qui sait qu’il n’est à la fin qu’un HOMME ! De qui se revendiquerait-il Adam sinon de lui-même ?


Mettre de la distance entre moi et la mer

Eloigner l’eau salée
Qui brûle les muqueuses
Fuir la grande menteuse
Qui se prétend bleue
Mais qui est verte et sale

Craindre la marée
Qui dénude la foi et dévoile la chair
Cracher le sable
Qui pique le vif
Et les algues qui souillent ma pierre

Mettre de la distance entre moi et ma mère



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