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20 juin 2011

Commentaires


Ce texte ? Une merveille à accueillir. Une langue qui laisse émerger, à travers ses fragments, une origine, une éternelle impasse, celle de l'enfance, un lieu perdu pour y renaître.
Une écriture comme une aspiration au silence bruissant de la mémoire. Annetta Luciani cherche son enfance n'importe où, là où ça frémit de dire... Elle écrit la saison des possibles comme une dérive, avant de savoir ce qu'elle pourrait être. L'enfance ne se laisse pas saisir... Trop de temps... Elle avance dans ce labyrinthe enchanté avec un mouvement circulaire se livrant à l'emprise de l'île, ce lieu, cet entre-deux du magique...
Une lecture bouleversante...


D’île à île…

Annetta Luciani, l’auteur de ce texte, me permettra-t-elle de lui adresser quelques mots directement, tant sa présence est palpable ?

Je vous écris depuis cette identité, cette intimité que vous évoquez, et puisque je crois à l’alchimie entre ces deux forces.

Ainsi comprises, nous sommes des îles, secrètes, changeantes, n’est-ce pas ? Multiples visages, la part sombre et l’éveil, la solitude –les solitudes, plurielles, l’enfance…

Alors voilà : d’île à île, je voulais juste vous signifier que votre texte m’a raconté un peu de votre mystère – dense, l’ombre et son soleil en somme. Si d’aventure en finissant vos lignes, on se dit que l’on en veut encore, c’est que vous avez su donner soif : les parfums, les couleurs, les voix que vous rapportez sont comme l’enfance perdue : une plénitude qui manque. Infiniment.

Peut-il arriver que l’on écrive essentiellement pour la rechercher?

Pour finir, et cela a encouragé pour une bonne part ce commentaire, vous avez livré une de mes citations préférées de R. M. Rilke. Est-ce parce que nos lieux nous ressemblent, toujours est-il que le « château » de Muzot où le poète a reçu quelques pages fulgurantes des Élégies de Duino est un témoignage vivant de cette solitude qu’il appelle de ses vœux.
Au point que P. Valéry s’en inquiéta dans une lettre (il rencontra enfin Rilke, le 5 avril 1924, Rilke venant le chercher à la gare de Sierre puis l’emmenant à Muzot, dans le canton du Valais) :
«un très petit château terriblement seul dans un vaste site de montagnes assez tristes ; des chambres antiques et pensives, aux meubles sombres, aux jours étroits, cela me serrait le cœur. Mon imagination ne pouvait qu’elle n’écoutât dans votre intérieur le monologue infini d’une conscience tout isolée, que rien ne distrait de soi-même et du sentiment d’être unique. Je ne concevais pas une existence si séparée, des hivers éternels dans un tel abus d’intimité avec le silence, tant de liberté offerte à vos songes, aux esprits essentiels et trop concentrés qui sont dans les livres, aux génies inconstants de l’écriture, aux puissances du souvenir. Cher Rilke, qui me paraissiez enfermé dans un temps pur, je craignais pour vous cette transparence d’une vie trop égale qui à travers les jours identiques, laisse distinctement voir la mort.»

Votre texte, en définitive, correspond à la définition de la littérature avec laquelle je me sens le plus en résonance (Paul Auster*, et de mémoire) : le seul lieu au monde où l’on rencontre des inconnus dans l’intimité.

Merci donc,
Pour la rencontre,
Pour le partage
Et bien à vous,

Sylvie-E. Saliceti



* hyperlien établi par l'éditeur-webmestre de TdF.




Merci Christiane et Sylvie pour votre lecture, et votre appréciation. C'est une belle rencontre, Sylvie, comme vous le dites si bien (et Paul Auster aussi !)


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