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28 mars 2011

Commentaires


De cette réflexion savante et un peu folle, je retiens la ligne, celle-là même qui inscrit dans la fulgurance d'une réponse, ce chemin vers la justesse d'une courbe dans l'indéchiffrable d'un corps. Travailler le nu est un temps de philosophie, de mystique, un allègement du voir, une mémoire fugitive entre le moment où l'oeil a rencontré le corps et celui où s'inscrit dans un silence de félicité la ligne juste, ouverture éblouïe à l'harmonie, effacement des brouillages du temps. Plus tard le cercle parfait, comme un fruit de sagesse...
Je lis ces mots obscurs avec la mémoire de l'oeil et de la main, et là, je comprends...


C'est de cette même idée de "l'androgyne" qu'Albert Camus alimente ses méditations sur la notion de "n'être personne" ou "N'être rien", lorsqu'il écrit dans "Le minotaure" (L'Eté) :"il ya dans chaque homme un instinct profond qui n'est ni celui de la destruction ni celui de la création. Il s'agit seulement de ne ressembler à rien". Mais cette réflexion accablante et pourtant sage est la leçon que l'Italie lui a enseignée de la vie qui n'est rien d'autre que "col sol levante col sol cadente", ce qui a mûri profondément, dit-il , l’esprit de contradiction qui mène au dépouillement dont sont devenus célèbres ces franciscains qui "à Fiesole, vivent devant les fleurs rouges (et) ont dans leur cellule le crâne qui nourrit leurs méditations. Florence à leurs fenêtres et la mort sur leur table" (Le désert dans Noces). Mais la résignation féconde, pense-t- il aussi, la tentation de considérer le présent comme le seul bien offert à l'homme sur terre, d'où cette belle boutade qu'il cite à propos de Borgia (Alexandre VI, Rodrigo Borgia, je pense. Corrigez-moi Angèle si je me trompe): " Borgia arrivant au Vatican s'écrie: " Maintenant que Dieu nous a donné la papauté, il faut se hâter d'en jouir."
Cette philosophie de la vie que Camus a rencontrée en Italie, et qu'il signifie par le terme "dénuement", était déjà la sienne, et combien tragique et heureuse fut –elle en même temps dans la belle tête de cet algérois pauvre de biens matériels mais combien riche par la générosité du cœur et de l'esprit !

Je ne peux quitter cette page sans me laisser encore entraîner dans ce fantastique regard que ce bel écrivain pose pourtant douloureusement sur la finitude et sur ce qui fait encore frémir le cœur de l’homme en pleine désolation « des choses qui tombent », et m'abreuver longuement de cette méditation qu'aucune autre philosophie ne peut, en mon sens, détrôner :" (J)e fus heureux à Florence et tant d'autres avant moi. Mais qu'est-ce que le bonheur sinon le simple accord entre un être et l'existence qu'il mène? Et quel accord plus légitime peut unir l'homme à la vie sinon la double conscience de son désir de durée et son destin de mort? On y apprend du moins à ne compter sur rien et à considérer le présent comme la seule vérité qui nous soit donnée par "surcroît". J'entends bien qu'on me dit : l 'Italie, la Méditerranée, terres antiques où tout est à la mesure de l'homme. Mais où donc et qu'on me montre la voie? Laissez-moi ouvrir les yeux pour chercher ma mesure et mon contentement ! Ou plutôt si, je vois: Fiesole, Djemila et les ports dans le soleil. La mesure de l'homme? Le silence et les pierres mortes. Tout le reste appartient à l'histoire." (Le Désert)


Madhia,
magnifique réflexion ! du même écrit (Le Désert) :
« Singulier instant où la spiritualité répudie la morale, où le bonheur naît de l’absence d’espoir, où l’esprit trouve sa raison dans le corps ».
Ce Rien que vous approchez, je l'ai trouvé dans les pierres du cloître de Sénanque... ce silence de la parole et de l'écriture, passage étroit de l'angoisse à l'expérience du néant qui ouvre peut-être à une béance, une aphasie. Echec ou grâce...



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