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10 février 2011

Commentaires


"La" poète, et je précise le féminin, est l'être le plus accablant de souffrance.
Quand elle dit, quand elle pleure de solitude, elle est déjà morte dans quelque espace du mot qui est venu s'en prendre à elle, ou venu un peu tard s'éprendre d'elle.
La solitude de la poète n'est pas remplissable ou transformable car quand elle vient s'installer dans son être, elle s'y incruste et le devient, et à chaque mot qui la désigne, elle affecte et sclérose l'être débordant de vie de cette femme qui compte maintenant sa mort par cellules solitaires endurcies à chaque diffamation de sa grandeur d'aimer.



Elle est allée nager au coeur de la matière indicible.
Elle est allée brasser le temps fangeux comme à rebours, les yeux fermés.
Mâchoires contractées au bord de la fracture.
Elle est allée disperser ses mots aussi cruellement que son souffle.
Elle ne veut même plus se diriger.
Elle expulse la matière indicible à contre-temps, avec douceur...
avec la certitude que tout était là,
déjà prêt à noyer la voix sombre, la tendresse, le désir, la lumière.
Elle nous "tient compagnie" comme le font ceux qui n'ont plus rien à perdre.
Elle tord le linge de ses larmes au dessus du vide.
Nous la voyons de loin mais très près de nos corps solidaires.

Résistant, pour elle et avec elle,
à la "diffamation de sa grandeur d'aimer"...



"La diffamation de sa grandeur d'aimer"! Je cherchais sous quelle plume avait bien pu surgir pareille phrase. En relisant Mahdia, je vois que c'est chez elle que MTH a puisé ces mots.
La souffrance peut se dire avec peu de substance, à l'économie, comme dans ce poème d'Andrée Lacelle qui va au plus serré de l'expérience. Ou au contraire avec un foisonnement d'images, comme dans le poème que MTH renvoie en écho. J'aime l'un et l'autre, différemment. Je les reconnais pour miens. Et ce que j’aime par-dessus tout, c’est la circulation que ces textes font naître, comme un sang neuf auquel se régénérer. Merci à toutes deux.


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