https://terresdefemmes.blogs.com/.a/6a00d8345167db69e2026bdeb2246c200c-popup 13 février 1989 | Vitaliano Trevisan, Il Ponte - Terres de femmes
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13 février 2011

Commentaires

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Comme c'est important ce texte auquel vous nous donnez accès. J'aime ce retournement. L'oppression de la mort puis son offrande de souveraine paix. C'est mourir qui est terrifiant, pas la mort, étale et si calme. Les livres de tous ces écrivains... morts, sont de l'eau de mots, du silence de mots. De la parole laissée comme empreinte de pas sur la neige. Parole qui efface ce passage invraisemblable et horrible pour nouer une présence et une absence. L'écriture peut faire cela qui se sépare des frontières pour entrer dans une parole d'éternité. Beau, Angèle, vraiment beau.



Oui mais, il y a la fin du texte et cette citation non anodine des livres de Ludwig Wittgenstein et de Thomas Bernhard, le philosophe et l'écrivain. Alors, après avoir hésité, je reviens dans la morsure. Ce T.B. était un fauteur de troubles, un ironiste si proche de ce L.W., poète-philosophe si pur, presque en exil, loin de lui-même. Des grands solitaires obsédés par la mort et le suicide, écoeurés par l'hypocrisie de la société autrichienne qu'ils vivaient dans un rapport d'amour-haine. Ce passage vie-mort, ce mystère, ce chemin vers le néant, cette colère, cette ironie, cette douleur, cette pensée de la mort rendent la vie absurde, presque ridicule. La plume acérée de Vitaliano Trevisan a su les trouver. Pour lui aussi la mort et son obscurité engendrent une écriture incandescente, exigeante et cruelle attirant son contraire : la lumière. Obscurité spirituelle, ascèse... un même désespoir.



C'est un sans-tête, mais qui a une queue, ce petit mot-grain que je vous adresse ici, chère Angèle, pour vous exprimer mon admiration et vous dire que ce que vous offrez à vos lecteurs à travers vos traductions d'hier et d'aujourd'hui est gravement conséquent pour le domaine de la traduction qui s'épanouit agréablement sur vos terres.
Avec un texte original et un autre traduit, sans compter les langues auxquelles vous ne cessez de réserver à tour de rôle de la place sur vos terres abondantes, c'est la ronde des langues que avez formidablement créée, et à travers laquelle vous nous faites lire le monde. Telle est, en mon sens, l'importance la plus excellente de la traduction !
Mais mieux encore, vous ensemencez non seulement d'une main mais d'une ronde de mains ! et au grand bonheur de la science peut-être, vous pratiquez une expérience tout-à-fait inédite : "vous semez en éventail" !
Une musique d'une cadence très agréable doit vous faire valser, tout en labourant votre terre dans tous les sens.
La nouvelle Semeuse d'Eugène Grasset, n'est-ce pas vous?
Comme vous êtes agréable à traduire, chère Angèle, tant vous traduisez et faites lire agréablement !




Un mot qui retient toute mon attention dans ce texte extraordinaire de Vitaliano Trevisan qui l'y fait souscrire, en mon sens, comme l'ultime pensée de cette écriture : "Dans le désespoir le plus noir, c'est toujours dans la pensée de la mort que je trouve la paix".
Je pense ici, à travers ceci, au chemin, au parcours, à la marche, et je me rends compte que cet écrivain a tout fait, a tout compris, a tout dit.
Comme elle est étrange et belle et vraie cette idée qui ne situe pas la mort au bout, à la fin, et logiquement pas au début, au commencement, mais au milieu, dans l'espace de la pause, de l'arrêt, après un chemin, quelque quantité de chemin que ce soit !
Une idée pourtant présente, avec ses nuances bien sûr, dans toutes les religions, mais que les hommes mal apprêtés à la poésie de leurs cœurs omettent,
en pensant uniquement à un parcours à deux étapes : la vie et la mort.
Là s'explique le désir de l'écrivain de tuer sans culpabilité comme il le fait sonner sans danger à ses mots car pour lui, la vie est celle des autres qui dorment éternellement dans les livres qui habitent sa bibliothèque.
Une bibliothèque bien vivante de mort(s) - A ne pas confondre avec un cimetière, qu'il n'en déplaise à Sartre !



« Les tuer tous » et voilà que je lis au-delà de ces mots, presque par antiphrase, je lis l’hommage, la révérence, les retrouvailles même. Je lis l’amour et la puissance qu’il faut pour rompre les cordages, aller et revenir avec la récompense vers ceux qui ont su lire en vous mieux que vous, et vous laisser partir. Je ne suis pas certaine de bien me faire comprendre (mais qu’importe, la compréhension est en dehors des mots !). Suis-je dans un jour sombre ? Aragon avait-il raison : n’y a-t-il pas d’amour heureux et porte-t-on ceux qu’on aime comme un oiseau blessé ? Pas tant que cela. La beauté des âmes existe, je l’ai rencontrée. Alors, « les tuer tous », absorber leur feu, boire leur sang et leur dire simplement, leur signifier comme à contre-courant : « Vous avez tant compté ! Vous comptez toujours tant que je m’autorise une fois encore l’air salin du grand large… pour vous le rapporter ! » Ce texte –est-il besoin de le préciser ? – est fort à l’extrême.
Simplement merci.


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