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20 décembre 2010

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Ce texte ouvre à la Grèce sombre, celle des sacrifices, des autels où fondent et fument les chairs des oiseaux brûlés, aux présages funestes, au sang, à l'ardente Antigone, aux guerres puniques... A quelques pas, Jacqueline de Romilly, la Grèce classique, la douceur, le pardon. Les îles du temps inachevé dans leurs mystères, noir de la mort et lumière, amour et chants, Sappho, l'île de Lesbos.... Pourquoi là ? Pourquoi ça a eu lieu, là ? D'où venait cette langue qui a transmis le beau, la plénitude et la révolte devant la mort de Socrate. D'où venaient ces hommes, ces femmes, ce théâtre, cette beauté ?
Cette nuit, j'écoutais une retransmission, au café de L'Europe, d'une matinée durant laquelle J. de Romilly émerveilla F. Mitterrand et les auditeurs réunis là. Cultivée et drôle, langue d'humour et de sagesse, mélancolie et rire salvateur. C'était bon, plein de vie. Il faut toujours retenir la bonté de la vie quand la mort passe. De toutes façons, un jour, nous emprunterons ce passage sacré, aussi...



Antigone n'a pas d'égal, et c'est Sophocle qu'il faut célébrer infiniment car il en est le père légitime.Déesse de la piété filiale et de la connaissance à tous égards comme l'a montrée George Steiner, elle ne figure autant parfaite comme l'évidence ni dans les répliques de Stace, Rotrou, Racine, Hasenklever, Kierkegaard, Cocteau, Anouilh, Brecht... où elle apparait le plus souvent comme des réactions individuelles à leurs malheurs personnels, ni dans les mythes qui lui sont antérieurs ou ceux encore plus anciens où elle est désignée comme un être chtonien au sens propre du terme.
Depuis Sophocle, Antigone demeure celle de Sophocle et les addenda sont restés addenda.


" Après le scandale de Parade au Châtelet en 1917, deux remarques me flattèrent beaucoup. Ce fut d'abord, un directeur de théâtre criant : "Nous n'avons plus l'âge de Guignol", ensuite un monsieur que nous entendîmes, Picasso et moi, dire à sa femme : "Si j'avais su que c'était si bête, j'aurais amené les enfants."
Lettre adressée à Jacques Maritain par Jean Cocteau.
J'ai trouvé cette citation dans un livre édité chez Albin Michel : La... Sottise de Lucien Jerphagnon. (4e de couverture : "C'est un florilège qui présente les fruits d'une cueillette au long de vingt-huit siècles, chez les auteurs les plus divers"...)



Chère Mahdia, sans doute avez-vous raison lorsque vous dites que les addenda ne sont que des addenda ! Ce que je trouve personnellement d'admirable, c'est que l'Antigone de Sophocle ne cesse de donner naissance, à travers les siècles et les auteurs, à d'autres petites Antigones. Antigone est donc vivante. Elle est en nous. Elle agit en nous, elle nous habite. Elle incarne pour moi le mythe en action, inépuisable, une force perpétuellement renouvelée. Dans la liste des Antigones, nous pourrions rajouter celle d'Henri Bauchau.
Je ne connais guère que les grands mythes et certains textes bibliques qui ont cette puissance-là, de continuer d'alimenter la création. Quelque forme qu'elle prenne !


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