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28 mai 2010

Commentaires

Ah, La Semaison ! J'ai eu fugitivement ces carnets entre les mains, le temps d'y risquer un oeil avide et me promettant de les lire, un jour. Et voilà que vous m'avez devancée, à ma grande joie.
Du texte que vous offrez, je ressens un mélange de sérénité et d'inquiétude. Le regard est rapide et se double d'une perception aiguë de l'eau, de l'eau secrète, quêtée jusque dans le chant de l'oiseau. Et ces fleurs si légères, si fragiles, silencieuses semblent là par hasard car la terre est sombre et profonde et "tresse" ses eaux mystérieuses qui traversent tout, dans l'instant fugitif où le paysage se donne. Philippe Jaccottet écrit comme on dessine, rapidement, un croquis car rien ne demeure, rien ne se saisit durablement de la beauté du monde. Certaine marcheuse le sait.
Semaison de mots légers. L'expérience du paysage, de l'immédiat, est "la seule leçon qui ait réussi, dans ma vie, à résister au doute" (Paysages avec figures absentes, Poésie/Gallimard, page 22)



Quelle beauté ! quelle douceur !... Philippe Jaccottet est un poète de mon temps : je peux le lire en toute quiétude. Je veux dire : je n'ai pas à me poser des questions pour savoir si c'est bien ou non. Philippe Jaccottet me conduit. Je marche avec lui. Je suis son ombre ou dans son ombre.
Il y a une loyauté rare dans son écriture. Quand son ami André du Bouchet est mort, il a dit qu'il ne pouvait lui rendre hommage que dans le fil de son écriture à lui, non sans émotion. Et son hommage, très simple, est extrêmement beau.



Parce que "Les tresses de l'eau dans les ornières du chemin" font du sens lorsqu'on est soumis aux affres d'un lymphome hodgkinien, je vous sais gré d'avoir mis ces mots-là en partage.
Sincèrement, Marie-Christine... (Et les points de suspension ici font du sens... en ce sang-là qui va en se poétisant... tandis que vous, vous perdurez en témoignant... et parfois, en délivrant votre mot personnel qui jouxte la minute en son instance de vie...)



Un passant incertain chemine ici, avec dans sa besace : des feux d'herbe, des parfums, les montagnes qui laissent deviner un au-delà, et les oiseaux qui crient dans le ciel brumeux.
Des fils se tissent, qui relient Jaccottet à Roud et du Bouchet

"Si au retour des rouges-gorges
je n'étais plus en vie
Au cravaté de rouge donne
La miette commémorative

Si à peine endormie
je ne pouvais dire merci
Tu saurais que j'essaie
De ma lèvre de granit "

Emily Dickinson


Les femmes sont des tisseuses, tisseuses de mots et de toiles. Les fils passent, légers et fragiles, silencieux et souples, fils de trame et fils de chaîne. Des motifs se dessinent de l'une à l'autre, aux tonalités différentes. Des noms surgissent, qui unissent les mondes. C'est émouvant et réconfortant.

L'image qui me vient à l'esprit à l'instant, c'est celle de la tapisserie de Bayeux. Chef-d'oeuvre hors temps savamment orchestré par la reine Mathilde et mené par les tisseuses de toile, derrière le métier. Vous êtes de la même famille. C'est cela que je sens et je vous en remercie.
Je vous souhaite à toutes les quatre une bonne soirée.


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