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18 mai 2010

Commentaires

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Comme c'est étrange ce qui arrive là. D'abord je n'ai pas reconnu Les Émigrants, ce livre de W. G. Sebald que j'ai tant aimé lire, relire. Pourquoi ?
Je cherche et peu à peu, je comprends. C'est que ce livre pour moi lie si étroitement l'Histoire et les histoires de ces quatre émigrants, que ça coule, fleuve irrépressible de mots, mélancolique, élégiaque. C'est que ma mémoire est restée en suspens sur ces images en noir et blanc qui coupent le texte. Des photos, un peu floues, qui semblent être liées aux histoires et ne pas l'être. Je me souviens d'un Nabokov traversant les histoires avec un filet à papillons comme un songe. Je me souviens que les phrases s'ouvraient sur des incises effilochant le récit comme un rêve où je m'engluais. Je me souviens du Je du narrateur le liant à ces destins. Et de la mort venant tard dans ces vies comme une impossibilité d'aller plus loin. Je me souviens que la vie et la mort trop usées devenaient poreuses et que je ne savais plus si ce voyage partait de la mort ou y aboutissait comme si le présent, le futur ne pouvaient plus exister après l'Holocauste. Tout était voilé : l'écriture, les images, la musique de la langue. La perte, la mémoire, la douleur. Une grande délicatesse pour les entendre, de la douceur aussi. Des traces. Une tragédie, celle des juifs et de l'Allemagne de l'après-guerre. Car ces quatre exilés ont fui l'Allemagne. Mais c'était juste un frôlement, comme un jeu de miroirs. Une histoire se reflétant dans l'autre. Un livre silencieux qui traverse souvent ma mémoire...
Oh, j'ai été si longue. Pardonnez-moi, c'est que ce livre...



Combien de kilomètres par centaines a parcouru Sebald le marcheur ?
Et c’est sa voiture qui a eu raison de lui et l’a tué.
Encore une fois, chaussures vides, abandonnées, jetées.
J’ai très souvent des problèmes avec mes pieds.
Depuis l’enfance.
Et le paysage que je découvre est une colline de chaussures mortes.
Qui va l’escalader ?
Pied gauche, cœur droit.
Main droite, cœur gauche.
Où sont passés les sentiments ?
Dans nos pieds.
Dans nos souliers.
Dans nos vêtements vidés de nous-mêmes.

Sylvie Durbec, Chaussures vides, Scarpe vuote, le Dessert de lune


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