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26 mars 2010

Commentaires


Quelle belle rencontre que celle de Jacqueline de Romilly sur vos terres, chère Angèle.
Son œuvre plane au-dessus des remous éditoriaux, baignant dans la belle lumière de la culture grecque qui a façonné durablement sa pensée.
Ici, Hector, tout pétri de tendresse pour sa chère Andromaque (parfaite égalité de l'amour) et son petit Astyanax (miracle de tendresse), pour qui il ôtera l'armure qui l'a tant effrayé, et Hélène, mélancolique et digne qu'il respecte. Puis il y a sa ville et son fragile désir de la préserver de la guerre. Mais voilà la fatalité : les dieux s'en mêlent et la mort viendra avec la barbarie aveugle d'Achille. Le grand Homère signera là la première plaidoirie pour le respect des victimes de guerre, l'attitude des hommes envers leurs morts. Une belle leçon d'humanité donnée à l'aube de la culture grecque, un livre somptueux qu'elle évoque de sa langue faîtière pour faire passerelle entre deux ciels du temps. Aboutissement d'un long cheminement dans l'œuvre du grand poète.
Pour moi, la découverte éblouie et délicieuse de cette harmonie entre pensée, culture, mémoire mythique et écriture, presque un rite de passage entre des racines séparées.



Merci, Christiane de ce témoignage empli d'humanité et de sagesse. Ce qui me vient à l'esprit en lisant ces emboîtements de textes (et à la lumière de ce que vous écrivez de l'Hector de Jacqueline de Romilly) , c'est l'image des « lucioles » sur lesquelles Georges Didi -Huberman fonde son étude dans l'ouvrage qu'il a intitulé Survivance des lucioles (Éditions de Minuit, 2009). Contrairement à Pier Paolo Pasolini, notamment, qui voyait avec l'avènement de l'ère Mussolinienne l'extinction des lucioles au profit d'une culture aveuglante fondée sur le vedettariat et le clinquant des valeurs éphémères, le philosophe et historien d'art Georges Didi-Huberman pense que les lucioles n'ont pas vraiment disparu de nos sphères. C'est que le philosophe est optimiste et affirme qu'il suffit parfois d'ouvrir les yeux pour apercevoir encore, au cœur même de l'éblouissement provoqué par les médias et les tapages de la culture de masse, les petites lumières magiques qui illuminaient les nuits d'autrefois. Il existe encore de minuscules lanternes qui brillent modestement, sans faire de bruit. Jacqueline de Romilly me semble être de ces lucioles-là, d'autant plus précieuses qu'elles sont silencieuses. Immense savoir de Jacqueline de Romilly. Un vrai savoir, devenu rare, un savoir des profondeurs, qui touche au plus profond de nos existences.


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