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09 juin 2009

Commentaires


Cette très jolie lettre, tellement spirituelle, m'a donné envie d'ouvrir un très vieux livre édité en 1849 : Histoire de Thomas More par Th. Stapleton (traduite du latin par M.A Martin).
Ce livre contient tant de lettres de T. More. Dans une lettre à Erasme, il évoque son amitié pour Tonstal en ces termes :
"Ma mission en Flandre n'a point été sans charmes ; j'y ai joui de la société continuelle de Tonstal, l'homme le plus versé dans la connaissance des lettres grecques et latines ; le plus austère dans ses moeurs, et en même temps du commerce le plus agréable."
Voici quelques passages d'une lettre destinée à son ami le plus dévoué :
"La pierre d'ambre que vous m'avez envoyée, "ce somptueux tombeau des mouches", a été pour moi un don des plus agréables... Ce qui me la rend plus chère encore, c'est sa forme qui figure un coeur, symbole de notre affection mutuelle et sans fin ; car j'aime à penser que par ce présent, vous avez eu en vue de me faire comprendre que votre amitié pour moi ne s'envolera ni ne flétrira jamais ; semblable à cet insecte qui, léger et périssable comme tout fils de Venus, incrusté qu'il est dans ce joyau et comme emprisonné, ne peut ni s'en échapper ni périr. Quoique je n'aie rien à vous offrir en retour, je ne m'en afflige point ; je sais que vous aimez à donner bien plus qu'à recevoir, et puis j'ai du plaisir à rester votre débiteur."
Ainsi, il eut l'estime et l'affection que lui vouèrent les savants les plus illustres de l'Angleterre, de la France, de l'Italie et de l'Allemagne. Il est bon de s'en souvenir en ce jour anniversaire... en parcourant ce livre écrit comme une légende, récit naïf et sans prétention littéraire, rempli de douces souvenances...



Merci, C, du témoignage que vous apportez au sujet de la confiance que Thomas More vouait à Erasme. C'est vrai, il y a d'autres lettres qui accompagnent, dans les éditions actuelles, le texte de L'Eloge de la folie. Les lettres d'Erasme de Rotterdam adressées au théologien Martin Dorpius qui avait pris le parti des théologiens. Pour autant, je ne suis pas sûre que ce livre, que tous considèrent comme une "fantaisie", à commencer par son auteur lui-même, soit une oeuvre aussi "naïve" qu'elle en a l'air. Loin d'être le récit d'un "nativus",c'est-à-dire de quelqu'un qui se trouve identique à l'état qui était le sien au moment de sa naissance (sens étymologique de "naïf"), ce petit opus,"passe-temps de lettré en voyage" eut un tel impact qu'il "remua les foules, émut l'Eglise, inquiéta les grands et contribua à disposer l'Allemagne à écouter les Réformateurs." Un petit livre qui dépassa, sans le vouloir, les ambitions de son auteur. Un "brûlot de la Renaissance qui mit le feu aux vieilles flottes où couraient les rats, et invita des générations plus libres aux navigations nouvelles." Aujourd'hui, une fable en effet. Qu'il faut replacer dans le contexte de son temps, des idées qui circulaient alors pour en mesurer toute la portée.



Chère Angèle, c'est le livre de Th. Stapleton qui est naïf, un peu une "légende dorée" mais contenant les inestimables lettres de Th. More (en latin et en français); je rejoins votre jugement sur L'Eloge de la folie... folie, rupture de la fiction avec la maturité imposée de l'extérieur et retour à la réalité intime de l'homme... rupture de toutes les clôtures des paroles de pouvoir... dislocation du visage et de la peur... fracture des impostures, des étroitesses et des mystifications : un grand livre.


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