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09 avril 2009

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Un jeune homme seul. Sans identité réelle. Peut-être un vagabond, un SDF ainsi que l’on dit désormais. Un adolescent déjà ridé par la vie, l’errance, la drague sans lendemain. Déjà abîmé. Usé par le passé, le présent et même cet avenir, à jamais incertain. Il crie. Il gueule. Il crache de la haine. Sur tout et tous. Il gesticule, bondit et rebondit. Il se bat avec lui-même, se cogne à l’absence des autres. Sa hargne reçoit l’écho du vide : y-a-t-il jamais quelqu’un, la nuit, sur le bord des routes ? Il donne des coups de poing, des coups de gueule.
Il se veut violent, il est terriblement faible. Il déverse de la haine, mais c’est un désarroi qui sort de sa bouche. Un désarroi fiévreux fait d’une seule phrase de soixante-trois pages.
La Nuit juste avant les forêts, le premier texte de Bernard-Marie Koltès.
Nous sommes un soir d'automne 1981 dans l’étroite salle du Petit-Odéon. Cette ivresse nous est jetée au visage par une espèce d’elfe noir tourbillonnant. C’est Richard Fontana. Il a trente ans. Derrière le ring, le maître d’œuvre se nomme Jean-Luc Boutté. Il a trente-cinq ans. Koltès en avait vingt-huit lorsqu’il a écrit ce monologue. Une affaire de génération.
Aujourd’hui, Koltès, Fontana et Boutté sont partis. L’irruption-éruption d’un auteur a somme toute été canalisée. Il repose parmi les contemporains-classiques. Voilà. Juste un souvenir à partager en Terres de femmes.



Comme c'est beau ce cri fleuve de parole qui part du coeur et qui s'enroule dans la solitude de la nuit de l'errance de la quête je ne sais d'où il vient où il va quelle est cette forêt mais pour lui là-haut qui gîte dans les étoiles j'aurais envie d'écrire dis tu la vois maintenant ? de là-haut tu la vois mama ? Tu sais elle a vu les noms écrits partout elle t'a cherché elle t'a appelé mama mais toi tu ne lui avais pas laissé ton nom alors elle a écrit sur les ponts là où tu avais écris partout elle a écrit reviens reviens toi le sans nom reviens où es-tu ? et elle t'a attendu mama elle t'a attendu et puis elle en a eu marre mama alors elle a sauté par dessus le pont... Dis tu la vois maintenant mama ? regarde là-bas juste en dessous du baudrier d'Orion...


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