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12 octobre 2008

Commentaires


Hier, aujourd'hui, le bonheur de vous lire passe par ma mémoire des couleurs et des formes. Brusquement, un tressaillement, j'entre dans le monde inconnu de la cécité et je m'interroge. Comment traduire les couleurs et la beauté du monde à un être qui ne voit pas ? Comment traduire ces rouges si multiples, ce camaïeu de bleus sombrant dans les mauves, ces jaillissements d'écume et de neige blanches, ces noirs plus profonds que la mort, cette absence de couleurs à laquelle nous donnons encore une couleur, ces verts au goût de sève sucrée, ces gris de la mélancolie et ces courbes du paysage doux comme un ventre de femme et ces brisures comme un éclat de colère...
Puiser peut-être dans les parfums, les saveurs et la peau du monde vibrante sous les paumes, l'écouter aussi. Le bleu n'est-il pas né dans un bruissement d'ailes, les rouges dans le goût de la framboise et du vin, le blanc dans les doigts d'un enfant serrant les vôtres, le vert dans la fraîcheur de l'herbe et les ors dans la brûlure du soleil ?
Et toutes les couleurs dans le chant des poètes...


« En digne descendant d’une lignée de grands créateurs aveugles à travers les âges, voilà qu’en lui se réveille l’Aveugle, d’Homère à Milton en passant par Al-Maarri. Pourtant, et quoique vivant au milieu d’un brouillard lumineux, il ne tenait nul compte de la formule shakespearienne : « Regardez dans les ténèbres, là où les aveugles voient ».

L'aveugle dit: "Combien de solitude dans cet or". Qui dit que l’aveugle ne voit pas ? Il voit, mais à sa manière. Il voit l’unité de métal et son isolement terrible. Métal qu’on arrache à la terre et aux pierres, comme on arrache à sa coquille et à son eau l’huître du fond des mers. C’est cette solitude qui met à nu les entrailles de la terre et le mouvement de l’univers. Et lui, cet or, est-il le cœur de l’univers ? Est-il le rayonnement muet devenu givre ? Ou bien est-il cette lueur lointaine non encore parvenue jusqu’à nous ? Nous, les enfants d’une terre oubliée.

Et l’aveugle de se demander : pourquoi ne voir qu’avec les yeux, ces deux boules douceâtres ?
Pourquoi pas avec le corps entier ? N’est-ce pas le corps qui est le passage vers la poussière à travers les voies de ses doutes et de ses certitudes ? N’est-il pas cette écume évanescente, inutilement tombée dans ses abîmes ? À peine s’est-il posé la question que l’aveugle est déjà sûr de n’être sûr de rien. »

Issa Makhlouf, Au-delà de la vue in Mirages, Librairie José Corti, 2004, pp. 32-33. Traduit de l’arabe (Liban) par Nabil El Azan.


J'aime bien les tortues; elle avancent à pas lents.

Merci pour Woolf, je lis en ce moment http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2006/05/5_mai_1927virgi.html>La Promenade au phare et la recherche d'informations sur une bonne traduction m'a fait connaître votre site.
Certes, j'ai quelques journées de retard.
Bonjour à la Corse où j'ai tant aimé nager et au mont Cinto où je connus gran dolor.
Merci à vous pour votre engagement littéraire.


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