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15 octobre 2008

Commentaires


Merci de nous rappeler l’existence des écrivains de l'Antiquité, que beaucoup finissent par oublier de nos jours. Il est vrai que dans les librairies (et même dans les meilleures) on ne trouve plus grand chose. Pas plus tard que lundi je constatais encore qu’à part Homère, Virgile et Horace, qui survivent pour des raisons scolaires évidentes, le rayon « Antiquité », long de trente centimètres et relégué au niveau du sol (ce qui le rend peu propice aux longues investigations du lecteur potentiel occupé à flâner) ne contenait absolument rien.


Il y a pourtant parfois quelques inititiaves éditoriales fort intéressantes. Voir par exemple Les Classiques en poche des Belles Lettres, et le très beau travail réalisé par Danièle Robert et les éditions Actes Sud (collection Thesaurus) sur Ovide [lien].
PS Connaissez-vous, Feuilly, ma note Médée ?



Oui, je connaissais votre note sur Médée (datée de mai 2006, comme le temps passe!)

Pour le reste, les éditeurs font leur travail et les livres antiques sont édités. Disons qu'on ne les trouve pas spontanément dans les librairies.

Mais c'est vrai que j'ai été un peu injuste. Les trois tragédiens grecs sont tout de même bien présents (mais classés dans la rubrique théâtre, ce qui les sauve peut-être).


...et puis, il y a Marie Darrieussecq et sa traduction des Tristes et des Pontiques... Tristes Pontiques que je n'ai pas encore lu. Et vous ?


petit livre
hélas
va sans moi dans la ville où je suis interdit
va tout simple
sans ornements savants
comme il sied aux exilés
un habit de tous les jours
les déshérités ne portent pas la pourpre
le deuil ne se fait pas en rouge
pas de signet d’ivoire pas de titre au minium
pas de parchemin enduit d’huile de cèdre
c’est pour les petits livres heureux
toi
mon pauvre recueil
tu portes ma misère et tu portes mon deuil
va-t’en échevelé mal poli tout barbu
car tu n’es pas de ceux dont les aspérités
sont lissées à la pierre ponce
et n’aie pas honte de tes taches
ce sont mes larmes
va
salue pour moi les lieux que j’aime
tes pieds me porteront à leur rythme dans Rome
si quelqu’un là-bas dans la foule
pense encore à moi
si par hasard il reste encore quelqu’un
pour se demander ce que je deviens
tu lui diras que je vis
mais sans vie
l’existence m’a été laissée oui
magnanimement
si on te pose encore des questions
donne-toi à lire
c’est tout
sois prudent
pas un mot de trop
le lecteur excité par ma mauvaise cause
voudra en savoir plus sur mes crimes
la foule me huera en ennemi public
ne réponds pas malgré les calomnies mordantes
plaider est rarement l’antidote au venin
trouveras-tu quelqu’un pour pleurer mon absence
les visages penchés sur toi sont-ils mouillés
y aura-t-il un lecteur qui souhaitera tout bas
(par peur des malveillants)
que César adouci allège un peu ma peine
ce lecteur-là
qui veut mon bonheur
qu’il soit heureux
que sa prière soit entendue
que la colère du Prince s’apaise
qu’on m’autorise à mourir chez moi
on te critiquera sans doute
mon livre
on dira que tu es en dessous de mon génie
il faut voir où j’écris
on écrit dans le calme et la sérénité
un malheur a soudain couvert ma vie de nuages
ballotté par la mer les vents et la tempête
j’ai dans la gorge un glaive qui se plante sans fin
le critique impartial réprouvera mon style
j’aimerais voir Homère à bord de ce bateau
son génie prendrait l’eau
du temps de mon bonheur
je recherchais la gloire
me faire un nom tout était là
mon talent me fut fatal
c’est la poésie qui m’a exilé
je ne la hais pas
ce serait pire
va mon livre
vois Rome pour moi
contemple-la
dieux
je voudrais être mon livre
ne crains pas de passer inaperçu
dans cette grande ville
même sans titre
ton style n’est qu’à toi
voudrais-tu te cacher on te reconnaîtrait
procède cependant avec quelque mystère
mes poèmes n’ont plus la faveur d’autrefois
si c’est mon nom qui effraie
dis que je ne parle plus d’amour
mais de peine
ne crois pas que je vais t’adresser à César
qu’on m’excuse là-haut dans l’auguste Palais
mais la foudre est tombée de ce séjour des dieux
et j’ai beau en savoir la douceur infinie
je suis comme la colombe
qui a déjà senti les serres de l’épervier
je tremble
je n’ose plus lever la tête vers le ciel
n’attire pas d’autres éclairs mon livre
ne réveille pas Sa colère
essaie d’entrer dans Sa bibliothèque
par le biais d’humbles lecteurs
et tu verras tes frères rangés avec méthode
mon nom en grandes lettres et leur titre au grand jour
eux sur qui j’ai veillé tard la nuit tôt le jour
sauf trois d’entre eux cachés dans un recoin obscur
trois d’entre eux qui ont trait à l’amour
ce que tout le monde connaît pourtant
et fait
fuis-les ces parricides
assassins de leur père comme le fut OEdipe
n’aime aucun de mes livres qui prônent l’art d’aimer
et les quinze volumes de mes Métamorphoses
j’étais en train de les écrire
et c’était l’heure de mon enterrement
c’était moi leur dernier chapitre
j’ai connu un tel changement
va
pauvre livre
je ne veux plus te retarder
si tu devais porter tout ce que j’ai en tête
tu pèserais trop lourd pour le voyage
la route est longue
moi je dois demeurer au bout du monde
dans une terre loin de ma terre

Ovide, Tristes Pontiques, I, POL, 2008, pp. 25-29. Traduit du latin par Marie Darrieussecq.






Non, pas encore lu.
Mais il ne sort que le 23.10.08, non?


Oui, l'office a lieu dans une semaine. Mais vous pourriez avoir eu un service de presse ?


Non, je n'ai jamais eu cela (jamais demandé non plus, d'ailleurs). Je travaille en amateur, c'est tout. Cela n'enlève rien à la passion. Au contraire, peut-être.

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