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10 octobre 2008

Commentaires


Chère Angèle, il est juste de charger la critique, plutôt le bruit de fond souvent entendu à propos de Claude Simon. Ses récits parlent de la même histoire: un ancêtre général d'Empire et une descendance perdue entre les campagnes, les retraites, l'exode, des souvenirs étalés, congelés au fond de bâtisses glacées, des multitudes de riens... Et puis le froid, la lumière, la fumée de tabac, la pluie et les chevaux d'armes comme des personnages.
La citation que vous faites du Tramway évoque bien ce fatras de province et de manies obsédantes...
Je vois dans le monde qu'il évoque l'opposé de l'Ile - pierres et eaux vives, mais ceci nous emmènerait bien loin...
Amicales pensées,

Bonjour Thierry,

Ci-après un article du Monde du 25 septembre 1992 :

La solitude de Claude Simon

"Les nations ont pris l'heureuse habitude d'honorer leurs grands écrivains. Le quatre-vingtième anniversaire de Jorge Amado prend au Brésil des allures de fête nationale ; le président portugais Mario Soarès fait le voyage de Coimbra pour assister à la remise d'un prix littéraire à Miguel Torga. A Paris, on préfère peut-être les vedettes du cinéma, de la couture ou les gentils chanteurs de variétés.

Pas un seul "officiel " pour saluer Claude Simon qui, fait exceptionnel, avait accepté de donner, mercredi 16 septembre au Centre Pompidou, une conférence publique sur le thème "Littérature et mémoire". Pas un sous-chef de cabinet, mais pas davantage de représentants de la "République des lettres" pour écouter notre Prix Nobel de littérature. Pas même, semble-t-il, son éditeur Jérôme Lindon. Seuls Florence Delay, Denis Roche et deux ou trois journalistes s'étaient mêlés au public _ une centaine de personnes _ pour assister à l'événement. Alors que le moindre cocktail pour fêter la sortie du moindre livre attire un essaim de gens de lettres, d'éditeurs et d'amateurs distingués.

Ils ont tous eu bien tort, si la littérature leur importe. Non pas que le grand écrivain soit un grand conférencier : Simon ne cherche pas à se gagner un auditoire par des effets oratoires. Il lit, modestement, timidement, son texte. Mais l'effacement dans la posture ne fait que mieux mettre en valeur l'orgueil d'un producteur de texte qui sait montrer comment son oeuvre s'intègre dans la tradition de la littérature française et comment elle la travaille, l'élargit et lui ouvre de nouvelles perspectives.

Une leçon, dispersée et construite tout à la fois ; un court essai soigneusement et superbement écrit, qu'on pourra sans doute lire un jour prochain, sans pouvoir saisir l'émotion qu'il y avait à l'écouter.

LEPAPE PIERRE



Autre extrait d'un article de Pierre Lepape (Le Monde du 12 juillet 2005) :

"Fabuleuse richesse de ces romans, lamentable malentendu avec le public français. Par facilité, par paresse, Claude Simon a été intégré à l'école du Nouveau Roman. L'écrivain modeste, l'artisan opiniâtre, retiré dans son coin de terre catalane, bien éloigné des théories, des abstractions et des salons où elles se propagent, passe pour le chef de file d'une entreprise avant-gardiste de destruction quasi technocratique du roman. L'écrivain aux longues phrases sensuelles, aux sinuosités baroques et à la description du plus subjectif et du plus physique des émotions, passe pour un grand prêtre de la « littérature objective ».

La critique s'en mêlant, voilà Simon catalogué « romancier expérimental », comme si l'écriture créatrice n'était pas toujours une expérience. C'est ainsi, alors que dans le monde entier l'oeuvre de Claude Simon était traduite, commentée, inscrite au programme des universités, elle demeurait largement inconnue du public. Cas étrange, peut-être unique pour la France, d'un écrivain, salué partout comme l'un des plus grands de son temps, et néanmoins écarté de la consécration. Même l'attribution du Nobel en 1985 ne suffit pas à combler ce hiatus. Se souvient-on encore de cette manchette d'un quotidien national : « Un viticulteur de Salses (Pyrénées-Orientales) obtient le prix Nobel de littérature » ?"



Dernier extrait (Josyane Savigneau, Le Monde du 17 février 2006) :

"Un écrivain majeur, négligé par son époque et par une certaine critique qui préfère porter au pinacle des oeuvres honorables, pour certaines, mais beaucoup plus conventionnelles. Un prix Nobel de littérature (1985) accueilli dans son pays avec indifférence, voire hostilité - tandis que, des années plus tard, les médias feront grand bruit autour du Nobel attribué à un citoyen français écrivant en chinois et auteur de trois livres. En un mot, le sort fait à Claude Simon est emblématique de cette haine de soi - et singulièrement de sa littérature -, désormais typiquement française."

Amicizia,

Anghjula

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