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02 février 2008

Commentaires

C'est tout simplement superbe. Je ne connaissais pas cette poète.
J'avais écris en son temps un poème sur une fileuse qui filait ses propres cheveux... c'était un peu noir.
Ici, on sent un ancrage dans ce qui nous fonde depuis la nuit des temps.
C'est très beau.


Encore une Pénélope! Il est très beau ce poème qui mêle l'immobilité de la fileuse au doux balancement de l'araignée, et la verticalité du fil à l'horizontalité du temps.
La traduction de la première phrase m'étonne, pas vous?
Émilie


Les morts/les vivants, l'avenir/le passé, le temps s'arrête. J'ai davantage pensé aux Trois Parques (Moires) - métaphore de la vie et de la mort - qu'à Pénélope. D'où l'illustration qui a été choisie.

Non, Emilie, rien ne m'étonne dans la traduction du premier vers. Il est vrai que je fais a priori plutôt confiance à Claude Couffon, qui est le premier à avoir introduit Garcia Lorca en France, et aussi à l'auteure, Vivian Lofiego, qui vit depuis dix-huit ans à Paris où elle a été notamment traductrice pour le département Dictionnaires des éditions Larousse.
Amicizia,
Angèle

Quel magnifique poème !

Je ne connaissais pas, moi non plus, cette poète. Aurais-je le temps, un jour, de lire tout ce que j'ignore encore ?

Evidemment, Angèle, que ce sont les 3 Parques ! Tu as raison...

Il me revient en mémoire La Jeune Parque de Valéry qui a bercé mon adolescence. Moments inoubliables de lecture et relecture fiévreuse...


En fait, je pensais plutôt que le premier vers équivaudrait, en français, à "Du temps où les femmes filaient", mais mon espagnol est approximatif. En fait, j’aime bien l’idée qu’une traduction puisse doubler le sens du vers original, le décupler, en quelque sorte (avec l’assentiment de l’auteur, bien sûr) ! Il est vrai que, a priori, on a l’impression qu’une traduction, nécessairement, appauvrit un poème.
Pour l’illustration, les deux Parques de gauche me rappellent certaines gravures de Goya...

Pénelope est une Moire

elle file en secret la toile de l’aimé

destin que je t’assigne et qui m’est assigné

chaque fois répété à l’aube aux doigts de roses

c’est vie multipliée que je tisse en secret

c’est ta vie et puis l’autre, et celle de demain

et entre les filets ces choses de la vie

qui restent et aussi vont et puis parfois reviennent

elle file en secret pour que l’amant revienne

avec ses trente vies toujours recommencées

qu’elle est longue
qu’elle est longue

cette corde à son coup

qu’elle file contre elle, qu’elle file pour Vous

qui n’en finissez pas de revenir

qu’il est long ce devenir d’Ulysse

qui ne cesse de venir à nous, et puis naufrage

ou se perd,
ou trompe la mer,
ou poursuit la Divine,
mensonge le destin,
déraisonne ses dieux

Pénélope est une Moire

qui tisse le retour

et détisse le soir

et rallonge le fil à l’envi du voyage

afin qu’il ne se rompe

comme une lumière

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