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06 février 2008

Commentaires


Derrière le voile, la chair

Les hommes de sa tribu
N’aiment pas les femmes
Ou bien les aiment trop.
Ils les cachent
Jalousement
Sous de grands voiles

Et elles ne disent mot

Ont-elles même une âme
A l’image
De leur œil, unique
Ces filles sages et pudiques
Qui baissent la paupière
Et ne dévoilent jamais
Pupille
Chair étouffée
Peau blanche au milieu
De ces fronts burinés
Par le soleil
Ou la courbe oubliée de la cheville
Et le creux si léger, O si léger de l’oreille?

Mais elles ne disent mot

Ni syllabe ni lettre
Aucun son
Pas même un gémissement
Ne s’échappe de leur bouche
Condamnée au silence
Condamnée aussi lentement
Que peut l’être plante par un mur
Construit pierre par pierre
Et qui serre le lierre de peur
Que le lierre ne s’insère entre ses pierres

Langue muette langue brisée
Sous des couches d’étoffe
Voile opaque étouffant
La mémoire
Monde noir et brûlant
O femme d’ici, sans visage et sans voix

Sa lèvre ne touche
Que tissu
Et parfois,

Seulement,

Timidement

La chair de la tribu,
Quand l’homme lui revient

Avec des ordres dans la main
Et parfois un bijou

Qu’elle suspendra
A la naissance de son cou
Là où jamais regard ne se pose
Là où voile impose la loi

De l’homme
Qui n’aime pas les femmes
Ou bien les aime trop

Et elle ne dit mot


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