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05 décembre 2007

Commentaires

Jean Genet avait écrit : "Leur beauté - des sculptures de Giacometti - me parait tenir dans cet incessant ininterrompu va-et-vient de la distance la plus extrême à la plus proche familiarité : ce va-et-vient n'en finit pas et c'est de cette façon qu'on peut dire qu'elles sont en mouvement."
Il semblerait à te lire Angèle que le mouvement soit toujours là.

Oh cet article me comble...
j'ai souvenir à Madrid d'une expo sensationnelle il y a bien 20 ans de cela, qui mettait en abyme Giacometti et Botero. Elle commençait à la plaza Mayor, de part et d'autre de la Gran Via, était exposée des statues de chacun d'eux, la taille allait décroissant au fur et à mesure que nous approchions du lieu de l'expo, el palacio del infant (je crois, c'est loin tout ça) et entrant elle continuait de décroître jusqu'à ces miniatures extraordinaires que tu écris si bien. Mille mercis d'avoir fait revivre ce souvenir lointain.

"Qu’ont-ils à nous confier, ces géants silencieux qui traversent l’espace à notre rencontre ?" Vous avez commencé à répondre.


Très beau livre que le livre de Genet sur Giacometti, publié aussi en Italie avec d'autres textes.

a.


Oui, je suis bien d'accord avec vous, L'Atelier d'Alberto Giacometti de Jean Genet est un très beau texte, très émouvant. Je ne me lasse pas de le lire et relire.

Par exemple, ce passage:

"Afin de mieux apprivoiser l'oeuvre d'art,j'utilise d'habitude un truc : je me mets, un peu artificiellement, en état de naïveté, je parle d'elle - et je lui parle aussi, sur le ton le plus quotidien, je bêtifie même un peu. D'abord je m'approche. Je vous parle des oeuvres les plus nobles, - et je m'efforce de me faire plus naïf et plus maladroit que je ne le suis. J'essaie ainsi de me défaire de ma timidité.
"Ce que c'est rigolo...c'est rouge...c'est du rouge...et ça du bleu... et la peinture on dirait de la boue..."
L'oeuvre perd un peu de sa solennité. Par le moyen d'une familière reconnaissance je m'approche doucement de son secret... Avec l'oeuvre de Giacometti rien à faire. Elle est déjà trop loin. Impossible de feindre une gentille connerie. Sévère elle m'ordonne de rejoindre ce point solitaire d'où elle doit être perçue."
Jean Genet, L'Atelier d'Alberto Giacometti, Editions Gallimard, 2007, s.f.


En passant… Giacometti par Juliet (Pour mémoire).



Oui, Mth, merci. Il y a aussi, Giacometti La rue d'un seul, de Tahar Ben Jelloun. Très beau.
Je ne résiste pas au désir de mettre ici un extrait de cet ouvrage, que j'aime beaucoup.

« Il existe dans la médina de Fès une rue si étroite qu'on l'appelle "la rue d'un seul". Elle est la ligne d'entrée du labyrinthe, longue et sombre. Les murs des maisons ont l'air de se toucher vers le haut.On peut passer d'une terrasse à l'autre sans effort [...]
En observant les statues de Giacometti, j'ai su qu'elles ont été faites, minces et longues, pour traverser cette rue et même pour s'y croiser sans peine. Il me semble même les avoir rencontrées, alors, enfant [...]
Cette rue qui me faisait peur cessait d'être une anomalie, donnant de l'espace aux statues en perpétuel mouvement. Le mieux, c'était de les observer d'en haut, de la terrasse. Je voyais des têtes , si petites -  têtes d'épingle - déambuler sur des jambes si fines et je m'amusais, sans comprendre comment le bronze pouvait transporter de la vie, la vie dans le regard, la vie dans une simplicité riche, c'est-à-dire complexe.
     Où allaient-elles? Qui les entraînait dans cette médina vieille et fatiguée? Qui les mettait sur le chemin du labyrinthe secoué par des fréquentes crises d'asthme?
     Giacometti n'y était pour rien. Je ne sais même pas si ce natif du petit village suisse de Stampa s'était un jour aventuré à Fès... »

Tahar Ben Jelloun,Giacometti La rue d'un seul, Gallimard, 2006, pp.9-10.

Si proches bien qu’à distance
Les êtres qu’il façonnait
Avaient beau n’habiter aucun lieu,
Ils étaient les habitants inexpugnables
De leur fixité sans racines.

Michel Leiris, Pierres pour un Alberto Giacometti,L’ECHOPPE, 1991, p.45.

Amicizia
Guidu___


Le fantôme de ce que nous fûmes

Le fantôme de ce que nous fûmes
marche droit dans mes rêves
tel un Giacometti
sec
noble
inaltérable

il marche voluptueux
volutes de nous deux
héraldique
il se poste
au seuil de ce musée
ce mausolée de nos amours


Sur le Pont Mirabeau
Muriel Bo
ou en bord de Garonne...alone
au loin
la Catalogne...Cat alone

Mi-cendre, mi-phénix
sésame désenchanté
Ses jambes et ses bras
s'étirent comme un chat
Ses orbites crevées ou creusées
et pourtant il nous fixe


amants immobiles
imperméables aux mues
éperdus dépassionnés en apparence
Son coeur bat la chamade
danse macabre et calendaire
Métronome innommable

Et soudain
par la chemise blanche entrebâillée
Elle entrevoit une vigne,
un ciel, une myriade de possibilités
un talisman à son cou longiligne
une cascade de caresses momifiées

Pompéi mon Amour
que reste-t-il de nous ?



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