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18 juin 2007

Commentaires

Impressionnante histoire... Les arbres sont plus rassurants que les humains à l'heure du bain forcé ?
Les enfants ne courent jamais assez loin pour échapper aux ablutions terrifiantes, à la nudité obligée. L'eau du bain, c'est ici la mémoire... Cette folle me fait penser à une vieille femme rencontrée par Joël Vernet lors de l'un de ses voyages (Voir du côté des Lettres aux Femmes Pathétiques dans la Cause), lui en avait fait une figure à la fois attractive et répulsive, elle semblait incarner une sorte de prémonition à décoder. J'espère que tu n'as pas trop de femmes égorgées dans tes armoires... Ca m'inquiète un peu... Refaire vivre l'état d'esprit de la fillette fugueuse me semble plus engageant pour circuler dans les venelles à sabots de votre si joli village perché.

Moi aussi ce texte me plaît. De ma lecture restera une ambiance colorée, un fondu enchainé qui se termine rouge, rouge sang. Et pourtant tout avait commencé dans les verts tendres du tilleul et la langueur de la sieste ; puis nous voilà plongés dans le clair-obscur d'une bâtisse que l'on imagine de pierre, et dans laquelle le soleil couchant, rasant par la fenêtre, se permet des ocres dorés tels que les affectionne Veermer.
Le rouge sera pour la ville.
Voilà bien une couleur étrange qui dit plus la vie que la mort mais qui la signe pourtant. Une gorge ne devrait-elle pas rester rose?

=> Mth
J'en ai quelques-unes, Mth, mais rassure-toi, à la différence de Henri VIII, de Gilles de Rais ou de la comtesse sanglante, je ne passe pas à l'acte. Elles gisent dans mon imaginaire, aux côtés des Bonnes de Jean Genet. Un chef-d'oeuvre du genre.

...cette très belle page que je dirais presque magique pour la description et le pouvoir évocateur des parfums, des couleurs, des rumeurs...
tu as fait tout sentir et ressentir...
chuchotant le souvenir des vacances de mon enfance au village de mon père... j'ai presque éprouvé la même sensation de fraicheur due aux tilleuls, dans les après-midi éblouissants de lumière et de chaleur...
tout cela sous l'"ombre" menaçante de ma tante Crescenza, la soeur de mon père, qui - après ses tentatives de me faire manger de force "riso e piselli"
me grondait... me grondait... et, d'un coup sur le derrière,
me forcait à faire la "siesta"...

un coup du sort que celui qui a atteint la gouvernante... d'être frappée à la gorge, l'organe par excellence de ses cris.

bisous tout court, Franca.

Quand le feuillage de l'arbre conduit aux racines de sa propre existence, blessures de l'enfance devenues fécondes cicatrices...
Amitiés

moi aussi j'ai beaucoup aimé le texte mais le lisant j'avais en tête à cause des premiers mots un tilleul que je connais, bien plus vieux que moi et qui nous survivra certainement à nous tous les enfants qui l'avons regardé avec respect, à Solliès. Les quatre grandes tables que l'on pouvait installer sous lui, sa cîme qui se voyait de loin, l'odeur, et le choc thermique en pénétrant dans son abri. Imparfait venant d'une trop longue séparation.

Beauté du tilleul à la beauté de la langue et de votre écriture. La musique du tilleul dans le vent (différente des autres arbres ?) quand proche du sommeil... et puis vient la folie du réveil. Ou ce que l'on nomme ainsi. Car, dans ce terme résonne tant de nous-même. Dans vos mots, dans ma tête, dans ce que je suis. Si les fous nous abandonnent, demain, nous sommes perdus.

Cette histoire du bain forcé me fait souvenir d’une nouvelle écrite il y a déjà longtemps. Un promeneur découvrait, dans une rue qu’il empruntait tous les jours, une impasse qu’il n’avait jamais remarquée. Il plongeait alors dans un monde onirique et un peu fantastique, découvrant bien malgré lui l’intimité des gens qui habitaient l’impasse. Il s’agissait pour la plupart d’étrangers, ce qui donnait à ce lieu une touche exotique surprenante et inattendue. Il y avait notamment une mère qui lavait sa petite fille dans une bassine, la livrant sans pudeur au regard embarrassé des passants, en principe fort rares à cet endroit.
Ce thème de la nudité forcée et imposée par l’adulte à l’enfant doit sommeiller en chacun de nous et remonter à des expériences personnelles, inconscientes chez la plupart des gens ou au contraire très conscientes comme dans votre beau texte.

Vous jouez sur plusieurs registres, en fait. La vue avec le tilleul (qui s’affiche à notre regard en plein jour et qui la nuit rend « les lueurs calmes de la lune »), mais aussi l’ouïe ( les « nuées d’oiseaux qu’il héberge ») et le toucher (les mains de la gouvernante, les rebords brûlants de la cuve). L’odorat et le goût, par contre, semblent absents. On voit la terre brûlée par le soleil au point d’être transformée en poussière, on ne la sent pas. Les fleurs du tilleul n’embaument pas, pas plus que la végétation aux alentours.

C’est que le temps évoqué n’est pas celui de la nature, mais un temps affectif. Ainsi l’arbre a été planté par le grand-père, on l’a toujours connu et son « ombre bienfaisante » crée un univers rassurant pour les humains qui vivent dans son entourage. Il est devenu un compagnon de l’enfance, si familier que par anthropomorphisme, il en devient humain (cf. sa corolle comparée au clitoris).

On notera la rupture entre le calme apaisant procuré par le tilleul et les cris angoissants de la vieille. Comme chez Garcia Lorca ou Sophocle, la beauté méditerranéenne débouche sur la tragédie. Les cris de l’insensée sont un peu le corollaire du silence de la fillette (elle devait être muette quand elle était tapie derrière les meubles). Dans sa déraison, elle ose ce que l’enfant consciente n’ose pas : clamer sa révolte. Mais en même temps elle est un double de la gouvernante (on a peur de la voir s’approcher et tendre « ses bras décharnés », des bras qui viendraient vous agripper). Reste la fuite dans la nuit des caves (autre contraste). Le monde idyllique du début a tourné au drame. La grand-mère est morte, la gouvernante est détestée, le grand-père est implacable (« nul n’osait opposer la moindre résistance), la vieille emplit le village de son cri insensé. La nature est belle, mais le monde de l’enfance, confronté aux réalités des adultes, peut tourner au cauchemar.


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