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02 juin 2007

Commentaires

L'immense Gustave Roud ! A le lire et à le relire, toujours plus vivants, nous sommes !

Gustave Roud, Journal de 1924

13 février

    « J'ai l'esprit peuplé d'accords ; ils ne peuvent se résoudre qu'en phrases, quoique je ne puisse encore y parvenir. C'est une hantise de tout l'hiver ; je souhaite une délivrance, non musicale picturale, mais de proses et de vers si subtilement composés (rien des grossières notes de couleur qu'instinctivement les peintres emploient lorsqu'ils écrivent - et moi-même dans ces transcriptions !) que l'accord puisse naître de mots choisis (selon l'angle de vue du lecteur) en vertu de décisions incompréhensibles. Ce choix, ce n'est qu'un contact ininterrompu avec le monde qui peut lentement me le dicter ; ma vie véritable - si j'étais poète - serait un perpétuel vagabondage chargé d'instants où la fusion s'opérerait tout à coup. Les chambres tièdes enferment une vie pareille au sommeil de la marmotte .»

Il y a là chez Roud le souvenir des émotions éprouvées par le passé, proche ou lointain, les harmoniques qu’elles sous-tendent, l’hétérogène du réel, du cahier, de la prise de notes - cette matière brute et exploitable -, et d’autre part la poésie, le désir et la volonté de poésie.

Au rythme régulier de la vie et du quotidien qui s'écoule de manière linéaire et respecte la chronologie du journal intime, Gustave Roud oppose une perception complexe du temps qui échappe à l’entendement. Celle-ci implique et induit (du point de vue de la création et de l’engendrement du texte) le phénomène également complexe de la relecture, de la stratification, du sédimentaire, qui enrichit de résonances les textes entre eux.

Une lecture à partager
amicalement ...

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