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06 juin 2007

Commentaires


OT-Off Topics

Outre une référence à l'histoire, Trafalgar, à travers la grise place qui porte ce nom, évoque pour moi des pigeons par centaines ; ce en quoi je l'associerais volontiers à San Marco. Alors pouvez-vous, Guidu, nous décrypter "la revanche d'Ajaccio la lumineuse - n'en doutons pas-, sur Trafalgar Square" ?
Amitiés

Ce passage formidable, chère Angèle, de Thomas Mann, à propos des Considérations d’un apolitique, livre où :

« menacé de mort par la gauche comme par la droite, je défendais les positions de l’humanisme allemand [écrit-il], les terribles pressions exercées sur moi étant encore plus fortes venant de la droite que de la gauche. On pourrait penser que ce devrait être une situation gratifiante et agréable de pouvoir dire à la droite nationaliste : « Je me sens chez moi dans les traditions, la vie intellectuelle de mon peuple et ses lois – c’est pourquoi j’ai tout loisir d’admirer et d’accueillir ce qui est étranger. » Et aux internationalistes : « Je suis des vôtres. Je parle en allemand la langue de l’Europe, je n’ai que mépris pour ce qui est borné, méchant, grossier. C’est justement ce qui me donne le courage de me proclamer allemand. » Mais c’était au contraire une situation des plus ingrates et des plus difficiles, voire carrément périlleuse en ces temps de troubles où l’on échangeait des coups, dont eurent beaucoup à souffrir dans tous les pays des écrivains isolés qui s’y trouvaient par une forme de fatalité […]. »

(Thomas Mann, “Art national et art international”, écrit daté de 1922, trad. française de Denise Daun).


=> Chère Pascale. C'est juste un "joke" entre Angèle, Guidu et moi. Qui fait implicitement référence à un extrait des Carnets du grand chemin de Julien Gracq :

"Ajaccio : plage de l'Ariadne. [...] Le pick-up de l'établissement, qui s'activait toute la journée ouvrable, ne disposait que de quatre ou cinq disques, entre lesquels repassait chaque fois rituellement, comme l'hymne national à Londres après le film, L'Ajaccienne chanté par Tino Rossi.

Qu'il soit fêté dans sa maison
L'en-enfant prodigue de la gloi-âre
Napoléon ! Napoléon !


[...] quand nous émergions, et que nous oreilles se débouchaient, une voix de ténorino fluette buccinait obstinément sur les eaux, dans la distance, comme une revanche musicale de Trafalgar.

Lannes, Murat, l'état major
Lannes, Murat, l'état major
[...]

le refrain obsidional de L'Ajaccienne dans nos oreilles finissait par associer malgré nous le nom du Corse solaire, né sous le signe de la Vierge, à cette assomption de lumière et de chaleur [...]".
(Gallimard, Pléiade, II, pp. 946-947)

Cet extrait a d'ailleurs été repris dans Le Goût de la Corse de Jacques Barozzi, qui vient tout juste de sortir au Mercure de France. D'où un deuxième clin d'oeil à Jacques Barozzi, un lecteur assidu de Terres de femmes.
... Et la partie droite de la photo n'évoque-t-elle pas (en version lumineuse) la colonne de l'amiral Nelson de Trafalgar Square, le même amiral qui bombarda une des plus célèbres tours du Cap Corse => Troisième clin d'oeil entre les Nordistes (Angèle) et les Sudistes (Guidu).


Je me doutais bien qu'il y avait anguille littéraire sous roche ! Tout est clair maintenant. Merci Yves.
Amitiés

Eh oui, ma chère Pascale, il y a tout cela derrière l'image choisie par Guidu. Sauf que moi, quitte à déchaîner les foudres de mes deux amis, le Tino Rossi de mon enfance, je l'aimais bien. Et son "Napoléon Napoléon" me fendait l'âme. Surtout quand le pick-up du Commandant Querré se mettait en marche au moment du départ et que les accents plaintifs de notre rossignol insulaire rythmaient nos adieux, larmes et mouchoirs.

Autre chose, encore : à dire vrai, j'aime aussi Trafalgar Square, ce mouchoir de poche. Mais ce que j'aime surtout, c'est le nom même de Trafalgar, que j'utilise communément pour illustrer mes propos. Guidu va sûrement sursauter et sourire à cette nouvelle contradiction, mais j'en ai bien d'autres encore qui me surprennent moi-même chaque jour.

Alessandro, merci pour cet extrait fort éclairant sur la personnlité de Thomas Mann. J'ai cherché chez Melania Mazzucco (auteur de Elle, tant aimée) si elle évoquait cet aspect du grand homme de lettres. Je n'ai rien trouvé pour le moment.

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