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20 mai 2007

Commentaires

Attention Krikorian ! Prenez garde !

Rappel.1937. Année plus que sombre à l’Est, comme à l’Ouest. Eghiché Tcharents, l’un des plus grands poètes révolutionnaires disparaît, liquidé parmi tant d’autres intellectuels. Des hommes ont retrouvé son corps dans un sac de farine. Lui qui avait écrit un des plus beaux poèmes à propos du doux pays d’Arménie dont je vous livre ici notre traduction :

De ma douce Arménie, j’aime la parole à saveur de soleil,
De notre lyre aux sons de deuil, j’aime la corde aux sanglots,
L’étincelant parfum de nos roses, ― pareilles au soleil,
Et des filles de Naïri, j’aime la danse pudique et gracieuse.

J’aime notre ciel obscur, les sources limpides, le lac de lumière,
L’été torride, l’auguste tempête-dragon soufflant de l’hiver,
Les murs noirs de misère de nos maisons perdues dans la nuit,
Et de nos millénaires cités antiques, ― j’aime la pierre.

Où que je sois, je n’oublierai pas nos chants, voix endeuillées,
De nos livres aux lettres forgées, je n’oublierai point la prière,
Que des épées de nos plaies exsangues percent mon cœur,
Orphelin, brûlé de sang, j’aime l’Arménie-ma-bien-aimée !

Pour mon cœur languissant, il n’y a d’autre conte de fée,
Narek, Koutchak ; point d’autre front glorieux, auréolé,
Parcours la Terre : point d’autre blanche cime que l’Ararat ―
Chemin d’inaccessible gloire, j’aime le Massis ma montagne.
_________________________________
Éghiché Tcharents, (1897-1937)
Éloge de l’Arménie, 1920-1921

Bravo Anghjula d'avoir publié Krikorian. La littérature arménienne est si riche de culture.
André du Bouchet avait traduit Voyage en Arménie de Mandelstam, un livre d'exception.
Je ne dirai rien d'un certain Sayat-Nova...

Amicizia

Avis de Recherche est un recueil bilingue de poésie contemporaine. Même si la traduction est un risque, les Editions Parenthèses ont fait oeuvre culturelle. Je vous félicite d'avoir repris un des poèmes car il y en a de superbes même si, sans doute, la langue française les dénature. Ne lisant pas l'arménien, je n'aurais pu y avoir accès. Celui de Violette Krikorian en fait partie. Un passage d'un autre poète " Néhannouch Tékian" m'a particulièrement touché en cette année de l'Arménie en France et je vous le communique:
" Il y a des aigles pétrifiés dans les ruines et un peuple au coeur duquel il y a des tombes muettes dans l'abîme"...
Bravo pour votre site que je consulte souvent...
Amicizia
jpC

Certains poètes n'ont pas besoin de frapper à la porte avant d'entrer, cher Jean-Paul Ceccaldi, ils sont déjà nos coeurs. Même si leurs mains sont vides, leur parole occupe toute la place. Les dieux sont avec eux.

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