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22 mai 2007

Commentaires

Merci pour ce bel article chère Angèle. Je trouve que l’ illustration que vous nous proposez même si elle est certainement fidèle (si tant est qu’une reproduction photographique puisse être fidèle au tableau qu’elle représente, je n'ai pas eu l’occasion de voir l’original ) est moins saisissante que celle-ci">http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/e5/Hubert_Robert_003.jpg/800px-Hubert_Robert_003.jpg">celle-ci .

Vous me donnez l’occasion d’évoquer ce Jacopo Barozzi detto il Vignola (vous l’appelez Giacomo) dont on peut penser qu’il serait l’Architecte des jardins du Comte d'Orsini à Bomarzo orné de bien étranges sculptures grotesques . Ce blog en donne une intéressante description qui devrait vous séduire.

Amicizia
Guidu ___

Cher Guidu,

Le long travail que j’ai effectué sur le sujet des jardins Bomarzo (qu'Angèle a d'ailleurs visités à plusieurs reprises) me conduit à penser que ces jardins n’ont pas été dessinés par l'architecte du Gesù, Giacomo (Jacopo) Barozzi [les deux prénoms s’emploient indifféremment] - contrairement à ce qu'a pu imaginer Mandiargues - mais par Pirro Ligorio, l'auteur du Livre des Antiquités romaines. Seul le petit temple de ces jardins semble avoir été réalisé par Le Vignole. Voici d’ailleurs l’article que j’avais rédigé pour Encarta France à l’époque où j’en assurais la direction éditoriale (donc quelques années avant la rédaction de l'article de ce blog, qui appelle à tort l'écrivain Manuel Mujicà Lainez, Manuel Mujica Ginastera : Bomarzo ayant été publié en 1962 et non pas en 1967, date de la création de l'opéra de Ginastera). Article d'Encarta qui en a donc "inspiré" plus d'un, même s'il a parfois été lu trop vite.

PS La reproduction choisie pour Hubert Robert est la version de l'agence photographique de la rmn (Réunion des musées nationaux), détentrice officielle des droits d'utilisation. Agence qui s'attache à ne pas retoucher les photos.


Bomarzo, jardin

1 PRÉSENTATION

Bomarzo, jardin, parc maniériste de la Renaissance à parcours labyrinthique, situé entre Rome et Orvieto (Italie).

Comprenant un ensemble de sculptures monumentales de figures mythologiques ou fantastiques, le jardin Bomarzo a été comparé par l’écrivain Alberto Moravia à un « Luna Park de pierres ».

2 LE JARDIN DES MERVEILLES

Le parc de Bomarzo (altération du latin Polimartium) est situé dans la commune du même nom, entre Rome et Orvieto, près du lac de Bolsena, en Étrurie, dans la région du Latium. Au sommet de la petite ville s’élève le palais renaissant des princes Orsini, bâti sur l’emplacement d’un ancien château fort et transformé en villa par Pierre-François (Pier Francesco) Orsini, dit Vicino Orsini (1528-1574), duc de Bomarzo, condottiere au service des États pontificaux.

Le jardin du palais, en contrebas du vallon, évoque à maints égards certains épisodes d’œuvres baroques apparentées au Songe de Poliphile de Francesco Colonna, au Floridante de Bernardo Tasso ou au Roland furieux de l’Arioste, comme le suggèrent les inscriptions initiatiques gravées dans la pierre qui jalonnent le parcours dès l’entrée : « Voi che pel mondo gite erando vaghi / Di veder maraviglie alte e stupende / Venite qua, dove son faccie horrende / Elefanti leoni orsi orchi et draghi : Vous qui allez errants par le monde / Pour contempler de hautes et stupéfiantes merveilles, / Venez ici ! Vous y trouverez des faces terribles / Éléphants, lions, ours, orques et dragons ». « Jardin merveilleux ,» le jardin a été conçu comme une ode à l’état naturel, dédiée par Vicino Orsini à la mémoire de Giulia Farnèse, sa jeune épouse défunte, fille d’Angelo Farnèse et donc nièce d’une autre Giulia Farnèse, sœur du cardinal Alexandre Farnèse (le futur pape Paul III) et maîtresse du pape Alexandre VI Borgia.

Le jardin a probablement été dessiné vers 1552 par Pirro Ligorio (v. 1513-1583), l’architecte de la basilique Saint-Pierre (au lendemain de la mort de Michel-Ange), mais aussi le concepteur des jardins de la Villa d’Este à Tivoli et l’entrepreneur des fouilles archéologiques de la Villa d’Hadrien.

3 LES MONSTRES DE PIERRE

Le jardin Bomarzo (appelé autrefois Bosco sacro, Bois sacré, ou Bosco dei Mostri, Bois des Monstres, au sens de mostrare, démontrer) accueille dans un sous-bois de grandes figures de pierre, taillées directement dans la roche ou sculptées dans le péperin (tuf volcanique du Latium), figures mythologiques, fantastiques ou simplement suggestives, ou grotesques à la manière antique.

En raison de leurs expressions mystérieuses (évoquant parfois l’art hindou ou khmer), ces sculptures sont couramment appelées « monstres de Bomarzo .» Elles sont pour la plupart directement sculptées dans la roche et de facture assez grossière. Si leurs auteurs restent inconnus, certains historiens d’art ont toutefois cru reconnaître en elles la facture du sculpteur maniériste Bartolomeo Ammannati, élève de Michel-Ange. Outre des représentations récurrentes de Janus bifrons ou d’Hécate à trois têtes, on y trouve notamment une sorte d’Hercule haut de huit mètres écartelant à mains nues un Cacus androgyne ou une nymphe géante dont la chevelure s’enracine dans le sol, un éléphant caparaçonné d’une tour crénelée soulevant de sa trompe le corps d’un légionnaire romain, une tortue monumentale chevauchée par une déesse ailée bravant un monstre engloutissant une bête marine, deux sphinx accroupis, la déesse nourricière Cérès couronnée d’une corbeille d’agaves, Proserpine la déesse des enfers aux bras ouverts, un dragon, un cerbère infernal à trois têtes défendant l’accès d’un temple, Pégase le cheval ailé, une maisonnette à double étage à l’architecture penchée dédiée au cardinal Cristoforo Madruzzo (1512-1578, un des grands protagonistes du concile de Trente, ville dont il fut l’évêque), deux sirènes, ainsi qu’un masque simiesque dont la gueule béante (creusée d’une caverne) est surmontée d’une inscription extraite de l’Enfer de Dante. Un petit temple de Vesta octogonal évoquant par son portique et son péristyle le Temple de la Fortune virile à Rome a peut-être été réalisé par le Vignole lui-même quelque vingt ans plus tard.

4 LA POSTÉRITÉ ARTISTIQUE D’UN PARC DEVENU MYTHIQUE

Tombé dans l’oubli après la mort de Vicino Orsini, le parc a rapidement été envahi par une végétation luxuriante, qui a masqué et endommagé les sculptures, aujourd’hui très érodées. Il a été redécouvert au début du XXe siècle, sous une nature sauvage renforçant l’étrangeté fantastique et le caractère labyrinthique du lieu. Réhabilité peu à peu (notamment, depuis 1955, par l’Institut d’histoire de l’architecture de Rome et, plus tardivement, par les chercheurs de l’Académie de France à Rome), le parc de Bomarzo a particulièrement fasciné Salvador Dalí, Jean Cocteau, André Pieyre de Mandiargues (qui le décrit dans son essai Les monstres de Bomarzo dans l’ouvrage Le Belvédère) et l’écrivain néerlandais Hella S. Haasse (De tuinen van Bomarzo, 1968 ; Les Jardins de Bomarzo, 2000 pour la traduction française). Ce parc a aussi inspiré l’écrivain Mario Praz, le photographe Brassaï, le peintre néerlandais Albert Willink et le cinéaste italien Antonioni qui, en 1950, a réalisé sur ce sujet un documentaire : La Villa dei Mostri (« la Villa des Monstres »).

C’est aussi la visite du parc en 1958 (aux côtés du peintre Miguel Ocampo) qui a inspiré à l’écrivain argentin Manuel Mujicà Lainez le sujet de son roman Bomarzo (1962, prix Kennedy), un des chefs-d’œuvre de la littérature argentine contemporaine, dont a aussi été tiré le livret de la Cantata Bomarzo et de l’opéra Bomarzo d’Alberto Ginastera, créé à Washington en 1967, après que cet opéra eut été interdit de création à Buenos Aires par le gouvernement argentin pour atteinte aux bonnes mœurs.

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Je ne connaissais pas ce tableau mais il est vrai que d'emblée, dès le premier coup d'oeil, j'ai aussi pensé au Cabinet du Philosophe. Quelque chose dans le mouvement, que je tends personnellement à voir comme ascendant...
Amitiés

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