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19 mars 2007

Commentaires

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J'ai vécu à Beyrouth en pleine guerre de 1979 à 1981. Je vous envoie quelques images volées comme des baisers de cette ville phénicienne qui n'a pour ainsi dire jamais connu les ciseaux d'Anastasie...

Voyez, cara Anghjula et cher Yves, si le moment est opportun pour cette petite prose sans autre ambition que de traduire la vie chaotique en ce pays tant aimé et toujours aussi meurtri.

Bien à vous deux en cette nuit tempétueuse qui réveille les désirs dans l'avant-printemps.

Amicizia
Serge Venturini

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― ORIENT, AU RIANT ORIENT, TOUJOURS SOMBRE ET TRAGIQUE ORIENT… ―


Nous reviendrons corps de cendre ou rosiers...
Georges Schehadé (Poésies, 1948)

Un homme s'éveille dans un lit de hasard. Il ne sait plus dans quel pays il se trouve. Dans la nuit, une femme marche devant lui. Ses jambes blanches et nues brillent sous la pluie. Elle traverse la rue, il la suit du regard. Il voit sa longue chevelure d'ébène. Un vent tourbillonnant soulève la poussière.
La réalité a une odeur de café. Sa longue main serre un léger drap d'été. De vieux klaxons de voitures au loin le ramènent en Méditerranée. Peut-être est-ce toi, Beyrouth, toi — l'insensée ? Il se lève, ouvre la porte-fenêtre. Une série de balles traçantes achève de ponctuer une fête. Le crépuscule tombe comme un couteau. Les alizés du soir ont un fort goût de sel. Cette nuit sent les premiers signes du printemps.
Il a traversé la rue, et la femme de tout à l'heure a accéléré sa cadence. Ses talons martèlent le bitume éclaté. Les fines attaches de ses chevilles sont mouillées. Elle ne cesse d'éviter ornières et flaques. Les gouttes perlent le long de ses jambes souples au teint d'ivoire. Sa peau ruisselante attire mes yeux et mes lèvres.

Les taxis l'interpellent au passage, sans résultat. Elle marche dans cette ville où chacun, à tout moment, peut perdre la tête. Elle est la marche, la marche du temps et du désir. Sa robe noire à volants se gonfle un instant et ses mains la retiennent. Ses pieds humides collent dans ses chaussures d'été. À l'angle d'une rue, elle échappe aux regards. La rue se vide d'un coup, impressionnante, comme avant un orage.

Un tir tendu de kalachnikov balaie les vitres des derniers étages d'un immeuble, situé en hauteur, déjà tout criblé d'impacts de balles. Un marchand ambulant à la veste blanche fait rentrer à la hâte sa fraîche marchandise sous un porche fait d'antiques pierres. Il allume une cigarette, je le rejoins. La pluie cesse enfin. Un chat blanchâtre se glisse derrière des tôles rouillées entre des planches et de la ferraille. D'âcres effluves d'ail et de poisson empestent la petite cour intérieure.

Rien de grave à l'horizon. La guerre et les affaires continuent. Une centaine de fils électriques pendent d'un plafond sans lumière. Le mur d'en face est en ruine, cependant la mauvaise herbe recouvre le terrain vague. Nous regardons le ciel bleu étoilé, sans un mot. Une odeur entêtante de jasmin et d'ordures brûlées pénètre mes narines. Je continue mon chemin. La marche, — toujours la marche.

(5 février 2000)


A l'occasion de la parution du n° 20 de La Pensée de midi, la Fnac Italie 2 et La Pensée de midi organisent une rencontre, le jeudi 22 mars 2007 à 17h30, avec la nouvelle génération d’auteurs, écrivains, journalistes ou cinéastes, profondément impliqués dans le devenir de la ville de Beyrouth.

Une rencontre consacrée à cette ville et à cette nouvelle génération de créateurs qui bousculent les traditions et qui témoignent, chacun à sa manière, de l’immense ébullition qui règne sur la scène aussi bien politique et sociale qu’artistique et littéraire…

Avec Darina al-Joundi, réalisatrice, scénariste et actrice, Mohamed Kacimi et Oliver Rohe, écrivains.

FNAC Italie
2, place d’Italie
75013 Paris


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