« Ivresse d'Ariane | Accueil | 5 février 1807 | Mort de Pascal Paoli »

04 février 2007

Commentaires

pour Diotima

Non, rien n'a changé sur la Terre, — cher Hölderlin,
la biche aux sabots d'airain est toujours dans les bois,
la nostalgie ouverte. Dans le soleil levant, à l'ombre de midi,
les senteurs de la forêt ne la désaltèrent plus jusqu'au coeur.
Haletante, même la nuit quand elle dort, ses yeux sont en tout temps ouverts,
les flèches la poussent, — errante, car des brutes la poursuivent.

Ni la chaude lumière au plus fort de l'été, ni la fraîcheur des nuits en montagne
ne lui portent plus secours. Dans la rivière, l'après-midi d'été,
elle plonge tout son corps meurtri de blessures.
En bas, les herbes de la terre lui sourient, les arbres mêmes la protègent.

Mais aucun souffle n'apaise son sang qui lui brûle encore les os.
Elle a mordu aux branches des arbres sur des terres étrangères.
Elle a connu les amers sentiers de l'exil.
Personne ne chassera plus les rêves déchirant son front.
Personne, cher Hölderlin. Voyez !

Rien n'a changé, chaque jour neuf, elle cherche de ses beaux yeux
en amande les bruissantes sources où scintille l'or enfoui.
La biche, si seule dans la beauté du monde, où vous l'annonciez,
comme les lignes de la main les chemins sont divisés. — Perpétuellement.

Serge Venturini, Le sens de la terre suivi de L'Effeuillée, Aphrodite en trente variations, Éditions Didro, Collection Caractères Mobiles, Paris, avril 2004.


Amicizia


Serge Venturini

Grazie, caru Sergiu, je vois que vous vous êtes essayé à de nobles et subtiles "variations". Ces effeuillages prometteurs me sidèrent et me laissent, interdite, sur la rive !

L'utilisation des commentaires est désactivée pour cette note.