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25 octobre 2006

Commentaires

Merci, chère Angèle pour Bram van Velde qui disait :
"Le peintre est celui qui ne peut se servir des mots. Sa seule issue, c'est d'être un visionnaire."
Cela devrait vous rappeler quelques conversations …
J’en profite pour signaler - Fouilles : poèmes - de Charles Juliet et Bram van Velde,
éditions Fata Morgana 1980

Amicizia
Guidu _____

Bonsoir, J'ai habité dix ans au-dessous de l'appartement de Bram Van Velde. Sa cuisine-atelier était peinte rouge sang. Il écoutait la radio dès son réveil et tard le soir. Il mangeait chez Jacques Putman et sa jeune femme Catherine, récemment décédée. Je le voyais tous les jours. Il était rieur, parlait beaucoup avec Reinout, Hollandais comme lui. Jacques Putman et Catherine lui évitaient toute tâche domestique. Un jour que je lui donnais un carton d'invitation pour une de mes expositions, il m'a dit : " Savez-vous que je suis peintre ? " Nous sommes alors partis d'un grand fou rire. Je rencontrais aussi Beckett qui avait des graviers dans ses poches, il les lançait jusqu'à la fenêtre de Bram, toujours en retard. Bram arrivait enfin, appuyé légèrement sur sa canne luxueuse. Je les voyais s'en aller vers les quais. Parfois, bien sûr, je parlais avec Beckett que je connaissais par mon ami, son acteur fétiche qui vient de mourir, Pierre Chabert. Je garde de ce temps de grands souvenirs heureux et calmes. Il est vrai que je n'interrogeais pas Bram Van Velde sur son travail et pas plus Beckett. C'était la vie quotidienne... Toutefois je n'oublie pas le jour où j'ai vu Bram marcher précautionneusement dans la cour, car il avait neigé. Nous avons contemplé ensemble cette neige tombée. Je n'oublie pas non plus le désespoir de Jacques Putman après la mort de Vram Van Velde. Jacques Putman est mort peu après. Pendant ce temps, Andrée Putman, femme délaissée, traversait la cour elle-aussi, déjà vêtue de noir... J'ai vu son premier travail de décoration : l'escalier des amis persans, qui ne venaient dans l'immeuble que deux, trois fois l'an. Les concierges, espagnols , et leurs enfants étaient mes amis. J'ai appris à lire à José qui ne voulait que dessiner et peindre " comme Bram ". ..............


Denise,
comme votre témoignage est émouvant et en particulier cette phrase :
"...il est vrai que je n'interrogeais pas Bram van Velde sur son travail, et pas plus Beckett. C'était la vie quotidienne..."
Ainsi vous avez frôlé les deux côtés du vivre... Retrouver ainsi ces êtres devenus mythiques, allégés de la religiosité que l'on voue au sacré est étonnant. La création, cette doublure de silence, savait venir à eux derrière les persiennes de la solitude et de ces gestes : "lancer du gravier, peindre sa cuisine en rouge, regarder la neige, survivre en deuil et en noir,"... De plus vous le faites avec tant de douce simplicité, vous mêlant sans vanité à ce quotidien. Vous "gardez de beaux souvenirs heureux et calmes". C'est un bol d'air frais, loin des emphases, et c'est pour moi qui vous lis, retenir ce petit pincement de coeur de les retrouver là, intacts et chaleureux. Ce sont les mots les plus justes que j'ai lus depuis longtemps sur leur présence accordée au coeur du monde. Merci.


Hé bien, moi qui n'ai eu la chance de rencontrer ni Bram Vam Velde ni Samuel Beckett, j'ai tout de même eu le plaisir et le bonheur de rencontrer Denise, qui a côtoyé et connu tant de monde ! Je suis même allée lui rendre visite dans son appartement parisien. Je la revois, alors que nous devisions et buvions du thé, allongée sur son canapé parmi ses livres et ses chats ! Tout autour, sur les murs, des toiles de grands peintres ! Avant de nous séparer, elle m'a ouvert sa caverne d'Ali Baba. Son atelier ! Des toiles partout, posées les unes contre les autres, dont j'ai pu admirer quelques-unes d'entre elles. Mais elle m'a surtout montré ses Carnets ! Des centaines de Carnets rangés par taille, couverts de dessins et de notes ! Magique ! J'aurais pu rester des heures à les feuilleter l'un après l'autre ! De vrais trésors !
Je suis très attachée au souvenir de ce moment de partage, si dense et si simple à la fois. Je l'en remercie à nouveau ici.



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