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16 juin 2006

16 juin 1966/Grand Prix de poésie de l’Académie Française décerné à Pierre Jean Jouve

Éphéméride culturelle à rebours




    Il y a quarante-et-un ans, le 16 juin 1966, l’œuvre poétique de Pierre Jean Jouve était consacrée par le Grand Prix de de poésie de l’Académie Française.




Drectiles_seins_puissants
Ph, G.AdC




À L’AUTRE MONDE

« Qu’il fait beau
Sur ces plateaux de déserts et de charmilles
Dans la désolation blessée des antres verts !
Qu’il est doux
De sentir la main savoureuse du ciel
Fouiller la place vide où se trouvait le cœur.

Là-bas des splendeurs de murailles
S’envolent les oiseaux frais
Trop velours pour être supportables
Qui résonnent des plis
D’un ciel gros bleu tout opulent de rayons morts.

Adorable ruban que la chair se déroule
Elle est morte ! et ruban d’infinis ornements
Des buissons de sexes blonds sur des vierges
Des membres mâles sur les flancs des femmes
Partout d’érectiles seins puissants
Font escorte dans la pleine lumière des allusions.

Moi qui courus d’un pied malheureux et tout nu
Je vois son œil qui ouvre la paupière de ton cœur. »

Pierre Jean Jouve, « Hélène », Matière céleste [1964], Gallimard, Collection Poésie, 1995, p. 101.




PERRRE JEAN JOUVE, POÈTE MAUDIT ?

    Pierre Jean Jouve (1887-1976) pourrait bien faire figure, aujourd’hui, de poète maudit. Tout comme ses maîtres symbolistes du siècle passé (à l’exception de Mallarmé qui, lui, n’a jamais connu les « Enfers »), Pierre Jean Jouve ne fait pas partie des poètes honorés par la critique. On aurait presque envie de dire qu’il n’est pas en odeur de sainteté. La spiritualité ayant très mauvaise presse dans les temps de matérialisme désenchanté qui sont les nôtres. Il est vrai que la poésie de P. J. Jouve n’est pas d’un accès facile et que le poète s'est toujours tenu à distance des foules et des modes, dans un silence choisi : « La poésie est soumise à une secrète interdiction », proclame un jour le poète. C’est que la Poésie, pour Jouve, a quelque chose à voir avec le mystère qui dépasse l’homme. Elle se réclame d’une haute exigence qui va l’amble avec une recherche incessante de la vérité. Loin de se satisfaire des jeux ordinaires du langage et du divertissement, elle est au contraire « l’expression des hauteurs du langage ».

    La crise morale qui secoue gravement Pierre Jean Jouve en 1926, le conduit à renier son œuvre passée. Séparation d’avec les poèmes de jeunesse, d’inspiration symboliste, parus dès 1906 dans Les Bandeaux d’or. Revue dont il a été le fondateur. Prise de distance également avec les groupes de poètes dont il a subi un temps l’influence. Pourtant demeurent en lui des figures tutélaires puissantes : Baudelaire, Rimbaud, Mallarmé. Mais aussi Le Tasse, William Blake, Hölderlin, Novalis et Mozart. Forces bienveillantes, salvatrices. Qui tirent le poète vers l’azur. La découverte de la psychanalyse, grâce à sa rencontre avec Blanche Reverchon, le conduit aussi à approfondir la connaissance qu’il a de lui-même et à s’interroger sur la double perspective du freudisme et du christianisme. Deux dimensions constitutives de sa personnalité. Qui se construit sur la figure trinitaire : « Inconscient, Spiritualité, Catastrophe », énoncée dans l’avant-propos de Sueur de sang (1933). À quoi il convient d’ajouter « La Voix, le Sexe et la Mort » qui donnent les clés de Proses (1960). Mais aussi de l’oeuvre entière, dont Hécate et Paulina 1880.

    Chez P. J. Jouve s’entrecroisent les réseaux de forces antagonistes. Une quête insatiable où l’érotisme violent n’a d’égal que l’angoisse mystique que rien ne peut apaiser. Dans la poésie de Jouve, savante architecture, s’érige l’image de l’homme solitaire qui cherche, « par-delà les regards usés et les faces d’ennemis », le but ultime. « La sainte Indifférence ».

Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli





Jouve

Voir aussi :
- (sur Terres de femmes) Pierre Jean Jouve/
La Femme et la Terre (autre poème issu de « Hélène », Matière céleste) ;
- (sur Terres de femmes)
11 octobre 1887/Naissance de Pierre Jean Jouve (article sur Paulina 1880 + extrait) ;
- le site de
Jean-Michel Place.



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