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24 mai 2006

Commentaires

Mille mercis de porter à notre connaissance et de mettre à notre portée cette intéressante thèse.
Difficile de se faire une opinion sans se replonger dans les textes et lire M. Huchon, "plume à la main."
Ce que vous dites à propos du Débat de Folie et d'Amour est assez séduisant. Il est vrai que ce texte - difficile - pourrait ne pas "coller" avec les Sonnets, qu'il est possible qu'on le lui ait attribué à tort. Toujours est-il que la Belle et mystérieuse Cordière continue de nous faire rêver... (qu'il reste quelque chose aux simples lecteurs!) A suivre donc.
(Fumaroli : spécialiste en tout ? (rires); j'admire la préface qu'il a donnée à A Rebours de Huysmans en folio).

Lançons donc, comme vous nous y invitez, la carte LL, sur le tapis poétique.
« La loy se laberinthe », c’était Louise Labé, dites-vous.
Mais laquelle ?
Celle qui faisait d’écrits plein d’amoureuses noises ?
Celle qui inventa avant Pessoa, l’Intranquille Lisboète, maints hétéronymes ?
Ou même celle dont l’œil narquois nous découvre sur TdF derrière son bol de lait ?
La liste est infinie « qui (nous) déguise et fait autre paraître ».
Un vertige où qui perd son identité gagne d’autres que lui-même ;
Lors double vie à chacun en suivra… est-il écrit au Sonnet XVII.
Un vertige venu de folie d’amour : d’une loy qui assurément se et nous laberinthe.

Comment je n'ai écrit aucune de mes oeuvres... Au-delà de la périodique apparition (depuis qu'existe l'écriture) de mystifications littéraires - Le Pseudo-Denys l'Aréopagite - Les révélations d'Hermès - La chasse spirituelle - Emile Ajar - les hétéronymes de Pessoa ... Au-delà même de la signification profonde de ces mystifications (à savoir l'inaptitude de la lettre à dire quoi que ce soit de sa propre vérité), la lettre même, où prend place le défaut de la lettre, porte en elle la question de son autorisation : suis-je, moi qui saisis la plume, auteur de CELA, ou auteur de bien autre chose - de moi-même, par exemple, ou d'autrui, ou d'un monde - et qu'ai-je à faire de CELA, qui m'encombre, me cachant tant de possibles, et me réduit ? - Rien de plus inévitable dès lors (inévitable et inespéré) que de voir paraître, dans le cours du temps des lettres, à côté d'artistes qui ne créent pas, ou cessent de créer, des oeuvres qui se créent dans l'ignorance d'un signataire, voire dans le refus de tout signataire - refus scellé par un nom fictif, ou nom réel d'un ou une qui n'en peut mais... - Jean-Marie Perret.


"Combien plus belle serait la Joconde, si nul ne pouvait la voir! Et si quelqu'un venait la voler et la brûler, quel artiste ce serait, un artiste bien plus grand que celui qui l'a peinte !"
Fernando Pessoa, Le Livre de l'intranquillité, Christian Bourgois éditeur, 1999, p. 328

A.P à J.M.P ; J.J.D ; C.L

Doctes seigneurs
Qui de moy desbatez
Oncques jamais
Plus brillants que ce jour
fûtes vous
qui sur mes terres
êtes si losangiés
si suis-je moy
par vos jeux honorée
Ce dois-je à vous
haultement remercier

Flap ... l'oiseau se pose et puis dépose ...

*

Si j’étais une femme …

Délicate et subtile
De mes mains si agiles
Je grifferais ta peau

Douceur de menthe amère
Je serais passagère
Et sans te dire un mot

Je mènerai tes choix
De toi au fond de moi
De plaisirs alanguis

Rougissante et futile
Aux escarpins habiles
Dans mes yeux infinis

Je serais là sans être
Engagée de peut-être
De doutes et de maux

Si j’étais une femme
Je plongerais mon âme
A l’essence d’aimer

Je perdrais mon vulgaire
Des larmes salutaires
S’épancheraient en flot

Et le regard des hommes
Glisserait sur mes formes
Papillons aveuglés

Je jouerais de mes charmes
Te laissant à tes armes
Rêveuse et spontanée

*

busard

Bel et talentueux hommage à Maurice Scève que ces "regrets" élégiaques : "Si j'étais une femme...". Maurice Scève et ses habiles compères ont tout de même réussi ce tour de force de le devenir pendant plus de quatre siècles. A cet égard, je renvoie au "smash" percutant d'Eli dans "L'habit ne fait pas Labé" (Du">http://elizabethflory.blogs.com/weblog/2006/05/lhabit_ne_fait_.html">Du coq à l'âne) : "Louise Labé, icône crypto-lesbienne devient transgenre ! So queer !" Un nouveau débat - très tendance - est ouvert...


Flap ... merci Yves ... mais attention il ne s'agit nulllement de regrets ... juste une transposition métaphysique ... très difficile d'ailleurs à réaliser pour moi ... j'ai eu vraiment du mal à me mettre dans la peau délicate du personnage ... lol mdrrrrrrrrrrr ... c'est vrai koaaaaaaaa on ne se refait pas ... zozio on est ... zozio on reste ... quant à écrire sous un pseudo féminin why not ... j'écris bien sous un pseudo de rapace ... si l'habit ne fait pas le moine ... les ailes délient la plume !!!

busardement

Ces incroyables révélations sur la transgenre Louise me font par certains côtés penser à Orlando de V. Woolf. Et puis, au risque d'avoir l'air terre à terre, je ne peux m'empêcher de m'interroger sur la vraie nature de la personne qui a séjourné en son temps dans le petit village de Parcieux (01), tout près de chez moi. Lequel village tire une gloire certaine, quoique locale, de cet épisode puisqu'il paraîtrait qu'il s'agissait de la Belle Cordière soi-même... Mais ça, c'était avant...

Oui, j'avais compris (entre les lignes...), mon cher busard. Ces "Regrets", c'était plus une référence à un genre littéraire, dans la noble filiation de Du Bellay.

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