Terres de femmes Poésie Critique Canari Corse Cap Corse Haute-Corse ISSN 2550-9977

la revue de poésie & de critique

d’Angèle Paoli



 17e année  ― n° 202 - septembre 2021  |            TdF       
Yves Bonnefoy | Les Planches courbes (IV) - Terres de femmes

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15 avril 2006

Commentaires

« Aller, par au-delà presque le langage »
Je tourne sans cesse autour de ce vers, le souvenir pour le langage soit, mais "par au-delà presque le langage" : d'où s'agit-il ? peut-être déjà l'énigme espace de la poésie ? Mais est-ce en amont ou en aval du langage qu'il faut lire le presque ?
Je lis en faveur de l'aval un peu plus loin, ces vers sur l'esprit de l'enfant non alourdi du souvenir :
"De l'esprit qui reprend à son origine
sa tâche de lumière dans l'énigme."

Mais qu'est-ce donc la poésie si ce n'est que langage?

Peut-être aussi que cette question ne mérite pas de réponse parce que justement là est l'énigme et qu'elle se doit d'être.

Quoi qu'il en soit, j'admire Angèle que tu trouves tant de réponses dans ta lecture et je m'agace de ne trouver que des questions.

Tu sais, Edith, le corps à corps avec le texte (comme celui que pratique Angèle) n'est pas là à mon sens pour apporter des réponses, mais pour soulever de nouvelles questions ou mettre au jour des questions insoupçonnées, afin de parvenir aux frontières et seuils de l'énigme. C'est un peu d'ailleurs ce que pratique Bonnefoy lui-même qui est probablement le plus grand commentateur de son oeuvre, n'hésitant pas à participer aux colloques qui lui consacrés. Rares sont ceux qui osent d'ailleurs ne pas être dans la lignée des interprétations du maître. Il y en a eu pourtant. Et Yves Bonnefoy leur en a su gré. Allant même jusqu'à préfacer leurs ouvrages. Cela a été récemment le cas pour l'ouvrage d'Arnaud Buchs, paru chez Galilée en 2005 : Yves Bonnefoy à l'horizon du surréalisme.


Ma chère Edith, les vers les plus énigmatiques des Planches courbes sont aussi les plus beaux. Ceux-là échappent à toute emprise. La « microlecture », celle que pratique par exemple Jean-Pierre Richard ou Michèle Finck, et qui est l'une des « approches » possibles d'un texte, permet, à travers le corps à corps serré avec ce texte, la mise en résonance de ces vers avec d'autres, plus accessibles. Cette mise en résonance ouvre sur d'autres espaces, d'autres interrogations et d’autres réseaux de sens. Aucune lecture analytique, qu'elle soit thématique, stylistique, linguistique, psychocritique… n'épuisera jamais le texte, qui se dérobe en définitive à toute tentative d'enfermement. Aucune approche, du reste, n'a cette prétention-là. Jamais. Et ce qu'il y a de fascinant avec un recueil comme celui-ci, c'est sa vivacité. Il continue de vivre, au-delà/par-delà même le poète, suscitant de multiples traversées.

Pour reprendre ta question sur le langage, Edith, et sur le vers « énigmatique » que tu cites, j'aurais plutôt tendance à penser que, pour Yves Bonnefoy, le langage poétique se situerait en amont plutôt qu’en aval. Quelque part du côté de l'avant-langage. Parce que Yves Bonnefoy perçoit et vit le langage comme séparateur. Le langage est ce qui éloigne de la présence aux choses et au monde. La poétique de Bonnefoy est donc tout entière tendue dans la quête unificatrice de réconciliation des contraires. La poésie est cette « Nuée rouge debout aux brisants des plages » (p.73). À la fois présence et absence, puissance et impuissance du langage. Comme tu le constates, Edith, la question reste entière. Et la poésie de Bonnefoy inépuisable et irréductible à un discours « unique ». Ce qui est la caractéristique de toute œuvre « véritable ». Mais aussi de toute œuvre « vraie ».


J'aime beaucoup cette image de "corps à corps" que tu cites Yves, et je crois qu'elle illustre fort bien le rapport qu'Angèle entretient avec le texte de YB.
Je crois que l'oeuvre se caractérise aussi par cette propriété de laisser sa place au lecteur, parfois même de modeler le lecteur. Ce en quoi la littérature peut être subversive puisqu'elle est faite de mots et que l'homme se construit de mots. Au même titre elle peut être source de plaisirs.

Aussi, je te rejoins Angèle, dans le caractère inépuisable et si énigmatique de ce texte. Je me suis laissée prendre au piège du "leurre des mots" et à force de tourner autour de ce vers, j'en ai été prise de vertige. Et pourtant... "Dans le leurre des mots" le titre était bien affiché!
"La question reste entière" mais un peu plus délimitée.
Merci à vous

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