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05 avril 2006

5 avril 1967/Maria Casarès dans Medea

Éphéméride culturel à rebours




    Le 5 avril 1967, à l’Odéon-Théâtre de France à Paris, a lieu la première de Medea de Sénèque (adaptation de Jean Vauthier), dans une mise en scène de Jorge Lavelli et des décors de Mighele Raffaelli. Maria Casarès interprète le personnage de Medea. La musique, dirigée par Diego Masson, a été composée par Iannis Xenakis. Une musique de scène pour choeur d'hommes et cinq musiciens, avec des percussions de Salabert. La pièce sera reprise l'été de la même année au festival d’Avignon.




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Maria Casarès
Image, G.AdC




MARIA CASARÈS, FEMME TELLURIQUE

    Chassée par la guerre civile espagnole et exilée en France avec sa mère depuis 1936, Maria Casarès Quiroga (21 novembre 1922-22 novembre 1996), originaire de Galice, fait ses études d’art dramatique au Conservatoire national de Paris. Remarquée par Marcel Herrand et Jean Marchat, qui dirigent ensemble le Théâtre des Mathurins, elle est révélée au public dans une pièce de John Millington Synge, Deirdre des douleurs. Puis dans une pièce d’Ibsen, Solness le constructeur.

    Dès 1943, elle découvre le théâtre d’Albert Camus où elle joue dans Le Malentendu. Puis, toujours au théâtre des Mathurins, dans L’État de siège (1948) et Les Justes (1949). Dans le même temps, elle conduit sa carrière cinématographique. Elle joue pour Marcel Carné dans Les Enfants du paradis (1945) ; pour Robert Bresson dans Les Dames du bois de Boulogne (1945). Cocteau lui confie le rôle de la Mort dans Orphée (1950).

    Après un bref passage à la Comédie Française, elle entre au TNP de Jean Vilar où elle joue aux côtés de Gérard Philipe. Elle délaisse le cinéma (elle joue cependant en 1987 dans La Lectrice de Michel Deville) pour se consacrer pleinement aux rôles de tragédienne qui lui sont confiés. Elle est successivement Lady Macbeth, Phèdre, Marie Tudor, Médée, Mère Courage. Mais aussi la Mère dans les Paravents de Genet. Une première fois en 1966, dans la mise en scène de Roger Blin, une seconde fois dans celle de Patrice Chéreau en 1983. En 1986, elle joue dans Quai Ouest de Bernard-Marie Koltès. Au théâtre de Gennevilliers, Bernard Sobel lui confie l’Hécube d’Euripide (1988). Où elle bouleverse l’assistance dans le rôle poignant de la vieille reine meurtrie par la chute de Troie. Le public la rencontre en 1991 au Théâtre de la Colline, dirigé par Jorge Lavelli. Elle joue dans Comédies barbares de Ramón del Valle-Inclán. En 1993, elle interprète un rôle masculin : elle incarne le Roi Lear, dans Threepenny Lear.

    Chevalier de la Légion d’honneur, Commandeur des Arts et des lettres, Maria Casarès écrit dans Résidente privilégiée, son livre de souvenirs : « Je suis née en novembre 1942, au théâtre des Mathurins…Ma patrie est le théâtre. »

    « Femme tellurique », selon les mots de l’écrivain mexicain Carlos Fuentes, Maria Casarès, qui n’a jamais renoncé à la nationalité espagnole, est le dernier « monstre sacré » du théâtre français.

Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli


NOTE : Contrairement à ce qui est indiqué sur le site Xenakis suivant, c'est bien le 5 avril 1967 qu'a eu lieu la création de Medea à l'Odéon, et non pas le 29 mars 1967. Vérification a été faite auprès de la Bibliothécaire du Théâtre de l'Odéon, que nous remercions pour son aimable entremise.




EXTRAIT

    « Maintenant, je suis Médée; mes dons naturels se sont développés dans le mal: je suis heureuse, oui, je suis heureuse d’avoir décapité mon frère, heureuse d’avoir dépecé son corps, heureuse d’avoir dépecé mon père de l’objet sacré jalousement gardé, heureuse d’avoir armé les mains des filles pour provoquer la perte de leur vieux père. Cherche une nouvelle matière, ma rancœur: quel que soit le crime, la main que tu emploieras ne sera pas celle d’une novice. Où te portes-tu donc ma rage, et quels traits lances-tu contre ton perfide ennemi ? Mon cœur farouche a pris en lui-même je ne sais quelle résolution et il n’ose encore se l’avouer. Dans ma sottise, je me suis trop hâtée: si seulement mon ennemi avait des enfants de sa concubine ! Tout ce que Jason t’a donné devient désormais la lignée de Creüse. Voici le genre de châtiment que j’ai décidé, et que j’ai décidé à juste titre : le couronnement de mon œuvre criminelle doit être préparé avec une énergie sans faille ; enfants, qui fûtes jadis à moi, c’est à vous d’expier les crimes de votre père. Mais mon cœur a tressailli d’horreur, mes membres se figent, ils se glacent, ma poitrine a tremblé. La colère a quitté la place, la mère a chassé l’épouse et revient tout entière.
Moi, je répandrais le sang de mes enfants, de ma propre descendance ? Adopte une meilleure attitude, Fureur insensée ! »

Sénèque, Médée, Présentation et traduction inédite par Charles Guittard, Garnier-Flammarion, 1997, p. 84.





Voir aussi :
-
Orphée et Médée. Approche comparative de deux gestes mythiques (Marie-Adélaïde Debray) ;
- (sur Terres de femmes)
Médée ;
- (sur Terres de femmes)
13 mai 1932/Médée de Sénèque, mis en scène par Georges Pitoëff ;
- (sur Terres de femmes)
8 mai 1940/Création française à l’Opéra de Paris de l’opéra Médée de Darius Milhaud ;
- (sur
pasolini.net) la dernière séquence du film Medea [7 min 57] de Pier Paolo Pasolini, avec Maria Callas dans le rôle de Médée.



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