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12 avril 2006

Commentaires

Porte-t-il à travers les âges des noms différents ?
Rien de moins sûr!

Mais là est le début de cette correspondance à trois qui ne finira qu'à la mort de Rilke et qui laissera Pasternak, Tsvétaïeva et Rilke s'exprimer de la façon la plus littéraire qui soit au travers de cet échange épistolaire.

Et pour continuer sur cette affirmation de Pasternak, une réponse de Tsvétaïeva dans sa lettre du 25 juin 1926 :
« J’aurais su persuader Orphée de ne pas se retourner – Orphée se retournant, c’est l’œuvre d’Eurydice. « Mains » à travers tout le couloir des enfers ! Orphée se retournant, c’est soit de l’aveuglement amoureux d’Eurydice incapable de dominer l’amour (vite, vite !) soit (ô Boris, c’est terrible !), tu te souviens de 1923, mars, la montagne et ces lignes :
« il ne faut pas qu’Orphée aille voir Eurydice
Ni que les frères troublent la vie de leurs sœurs…. »

A mon avis, c’est un des passages les plus intenses de cette correspondance, surtout quand on sait que Tsvétaïeva et Rilke ne se rencontreront jamais,
mais comme ils s’aimeront !


Rainer Maria -
un jour, j'ai aimé ton âme presque comme l'on aime Dieu. C'était quand la première fois je vécus le Livre d'Heures. Et maintenant, lorsqu'il m'arrive de te rencontrer, je suis triste à la pensée de l'âme prisonnière derrière des murs de conventions. Pourquoi faut-il qu'il en soit toujours ainsi ? Est-ce que pour une fois, une âme ne saurait pas la vivre plus grande, cette vie quotidienne qui vous abaisse - plus grande et plus intérieure:
"CAR LA PAUVRETE EST UNE GRANDE SPLENDEUR VENUE DU DEDANS.."

première lettre écrite en septembre 1918 par Elya Maria Nevar à Rilke. Il s'ensuivit Une Amitié de Rainer Maria Rilke, rapportée et traduite par Marcel Pobé sous forme des lettres échangées par les deux amis et de notes d'Elya, dans un livre publié en 1964 (Albin Michel) que j'ai eu la chance de trouver par hasard.

Et c'est mon premier commentaire sur un blog que je visite comme l'on tourne les pages d'un livre précieux après les avoir lues en respirant mieux!

Hier soir j'avais presque terminé ce commentaire que je vais poster mais... un clic a tout effacé !
J'ai éprouvé un frisson en lisant ces mots de Boris Pasternak...
ce qui m'a frappée le plus, c'est d'avoir entrevu l'homme, le père, le mari - que d'enfantine spontanéité quand il exprime toute son admiration et son bonheur ! -, tout en découvrant le regret du poète par excellence d'une U.R.S.S. de ce temps-là..."un poème écrit avec une vérité, une authenticité dont aucun de nous, aujourd’hui en U.R.S.S., n’est capable."
Et quelle différence d'aujourd'hui de faire une recommandation !
afin qu'une fille, une poétesse, puisse recevoir
- pas un bijou, pas un diamant, pas une fourrure -
mais "un livre de vous... avec un mot de vous".

amitiés.

Orphée, cher à votre coeur, il me semble, Edith ?


Pas au point de rendre Eurydice jalouse tout de même ?
« Che farò senza Euridice ?
Dove andrò senza il mio ben
? »
[Source]


"Vieille est la race des amants séparés".

Quel régal pour l'esprit et les oreilles. Magnifique ! Merci à tous deux pour la beauté des mots lus (Sylvie Germain et sa riche écriture) et écoutés.
A très bientôt.
Amitiés,

"Un jour que j'écoutais Kathleen Ferrier, j'ai eu peur que Jérôme ne fût plus de ce monde. Et qui me l'aurait fait savoir ? Je ne l'avais plus revu depuis vingt ans.
Ce jour où j'ai eu peur, j'ai mené mon enquête : il était vivant.
"Che faro senza Euridice ?"
Que ferai-je sans Eurydice ? chantait Kathleen Ferrier de sa voix de jeune homme."

Elisabeth Motsch, La ville orange, Actes Sud, 2001, p. 131.

Lecture chaudement recommandée à tous, à toi en particulier Angèle.

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