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22 janvier 2006

Commentaires


Merci pour cette célébration de l'anniversaire d'Henry Bauchau, un auteur qui me tient beaucoup à coeur depuis que j'ai rencontré son Antigone...

Sur les blessures de son enfance, l'expérience de sa psychanalyse avec Blanche Reverchon et de ses premiers pas dans la "voie profonde" de l'écriture et de la création, Henry Bauchau revient dans un très beau - et long - poème intitulé La sourde oreille ou le rêve de Freud, texte fondateur de son oeuvre, publié en 1978, vingt ans après son premier recueil Géologies.
Et j'aimerais, tout simplement, vous en faire partager un court extrait :

"Comme une eau vive, entre les bancs, la poésie est entrée dans ta vie
Venant de la cour triste et bétonnée, du cube noir et maculé que l'on donne en pâture aux garçons.
Elle sourit à ceux qui passent sans la voir. Elle sourit aux mots de l'Evangile qui errent, qui espèrent dans les longs corridors de mai, quand les vacances se rapprochent et que le bonheur est si loin.
La prosodie du temps, des mortes et des brèves, la poésie était en toi, elle attendait dans la sourdine.
Virgile parlait avec son corps, avec le tien, selon le langage rythmé de nos muscles si beaux sur les planches d'anatomie.
Tu ne l'as pas compris. Il a fallu prendre au plus long, faire le songe de Freud, errer sur les confins de la folie
Pour aimer d'un nouveau regard le mot natal, celui qui sait ensemencer l'oreille
Quand il revient ayant tout vu, ayant tout oublié, pour ne plus écouter que la voix qui se tait
Qui chante, quand le feu s'éteint, pour célébrer le nécessaire. La brume monte dans les prés et les premiers oiseaux s'éveillent. On sait que le soleil est là, c'est l'aube de la poésie, avec ses lumières subites, avec son jour entre deux nuits."

La Sourde Oreille ou le rêve de Freud, repris dans Heureux les déliants, poèmes 1950-1995, Labor, 1995, page 109.


Bienvenue Anne pour votre première visite sur Terres de femmes et ce superbe extrait. Une confidence, Antigone de Bauchau est bien dans mes carnets d'attente (j'en ai de toutes les couleurs !). En compagnie de quelques grandes figures mythiques. A suivre donc... J'ai un lien un peu sentimental avec Œdipe sur la route, mon amie lectrice-marcheuse Marianne nous l'ayant intégralement lu au coin de la cheminée, à la bougie, dans mon hameau du Cap Corse, au cours de plusieurs veillées d'hiver... sous la neige (eh oui !).

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