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13 décembre 2005

Commentaires

merveilleuses sensations... tout est dit, et pourtant on voudrait prolonger, multiplier les métaphores, rester encore un peu 'ailleurs', les souvenirs affluent, bonheur fugace de s'imaginer sirène...

plaisir de parcourir des fragments d'oeuvres, de découvrir des auteurs, d'en retrouver de plus familiers, merci infiniment
maryann.

Merci Maryann,

Partager la mer et les mots jusqu'à extinction des sens...

Petit message en réaction à la réponse de JF Agostini au post de Maryann :

Je rebondis sur cette fin de phrase : " ... jusqu'à l'extinction des sens" et me pose la question de savoir si cela est possible, voire souhaitable. Notez que je ne dispute pas la réponse en soi mais le choix des mots que je trouve par ailleurs très beaux, mais qui m'intriguent et me font réagir.

Amitiés.

Pascale, cette phrase m'a aussi intrigué. J'ai immédiatement songé aux Quatre nobles vérités de l'enseignement du Bouddha et à l'ataraxie de la doctrine d'Epicure (cf. le De rerum natura de Lucrèce). Mais je ne sais où se situe exactement la "sagesse" de Jean-François Agostini ? Peut-être nous répondra-t-il ? A mon sens, une petite partie de la réponse est dans le texte d'Angèle : « En ce lieu qui l’enfante » (Andrée Chedid).

«...praepandare clara lumina menti...» mais il ne s'agit pas de cela, puisque "lueur". Extinction des sens pour retrouver l'essence. Ce qui précède le néant.
Seule la Mer enseigne par le rythme de ses tournois de vagues...
Merci

Jean-François AGOSTINI se présente ainsi :

"Je suis corse, je n’ai donc aucun mérite à me déclarer poète, chez nous, il suffit de lire les âmes et de recopier les paysages pour l’être."
_______________________________

L'enfer c'est moi /JF Agostini

La boite à lettres est vide.
L'ultime souffle bleu de ton amour s'éteint,
L'automne sur mon être, jaunit ta dernière lettre,
Comme une feuille morte.
Je la lis, la respire, la relis, la récite.
Naufrage des sentiments par désunion tacite.

L'enfer, c'est toi.

Le répondeur est muet.
Ton tout dernier message, juste trois mots solfiés:
"Tu es là ?" Trois notes pour un requiem.
Je t'écoute, l'écoute et ne l'efface pas.

L'enfer c'est toi.

J'allume l'ordinateur.
Mon fond d'écran, c'est toi.
Tu cours sur une plage,
Lorsque j'étais ton roi.
Mais cette voix métallique diabolise l'image:
"Vous n'avez pas de nouveaux messages."

L'enfer, c'est toi.

Je descends l'escalier, pénètre l'avenue,
J'emprunte nos derniers pas,
Je cherche les empreintes de ton passé en moi,
Je ne trouve que le vent de ton présent sans moi
Et je marche à rebours.

L'enfer, c'est toi.

Je te lis, je t'entends,
Je te devine, te sens,
Je te respire, t'espère,
Je te cherche et m'absente,
Je m'exile, tu déferles.
Une dernière vague.

Je m'enferme.

L'enfer, c'est moi.
_______________________________

Je suis aussi corse, comme tout le monde le sait ici, fier parfois de l’être, et, en lisant cela, d’avantage encore !
Pace e salute a te Ghjuvan-Francescu

Guidu________

Grazia a tè o Guidu,

Oui sincèrement pour tous ces portraits de femmes que j'ai aimé(e)s et que j'aimerai jusqu'à extinction de...

Ci-dessous un poème que j'ai écrit pour Marie Ferranti, à la suite d'une longue et amicale conversation sur la littérature.

À Marie Ferranti

L'Archée des Agriates

Avez-vous déjà volé un plaisir aux Dieux un courrier englouti
Offert aux astéries croisé le regard d'un vol de lions sans crécelles ?
Ce jour-là j'étais une foule entière au bord d'une grande auteure
D'emblée elle me parla de Mohrt…Elle ouvrit son sac à la recherche
De sa penne perdue je lui proposai de partager la mienne
Présomptueux je m'en voulus Sa main glissa du bleu sur le noir
Gallimard et je perdis la trace de Francesco de Barbara et du
Chasseur de Nyx Je ne fis plus que lire la voix des mots laurés
La Pietà Rondanini m'apparut alors Un frisson m'agrippa
Je mordis mes lèvres elle s'en aperçut Oui Elle seule en serait capable
Peut-on cueillir des voyelles aux Agriates sans être Polymnie ?
………………………………………………………………………..…...
Ne l'écoutez pas parlez plus fort descellez la pierre pour qu'enfin
Michel-Ange se réveille…

Le 20 mai 2004


Pour lire un poème de Jean-François, traduit en corse par Stefanu Cesari, se rendre sur le blog Gattivi Occhja. Un blog sobre et exigeant que je lis en boucle.
"Un lac, une main sont chapelles à nous recueillir, à respirer
la certitude, lieux et doigts dénoués noués dans la
rencontre de quelqu’un ou quelque chose." (Sylvie Fabre G., Quelque chose, quelqu'un, L'Amourier).

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