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31 décembre 2005

Commentaires

Commentaire de commentaire

Je relis mon commentaire et je vois que j’ai commis, ici et là, approximations et omissions. Il me faut donc apporter quelques correctifs et tenter d’élaborer un complément d’analyse.

En réalité, ce qui m’a fasciné et me fascine encore dans cette toile - au point de tromper mes sens -, c’est que je lui ai d’emblée associé le bleu comme couleur dominante, et par surcroît le bleu du ciel. Paradoxe que pourtant je revendique, même si la scène est une scène d’intérieur, enclose sur sa propre luminosité.

Je m’explique : Le divan, que je voyais bleu, ne l’est pas. Il est vert et bien vert. Un vert mis en relief par les motifs orangers qui ondulent sur fond noir, le long du sofa. La tapisserie qui sert d’arrière-plan au tableau est à dominante rouge, un rouge vermillon agrémenté de larges taches florales ourlées de noir et d’or. Cependant, l’une de ces taches, dans l’angle droit de la tapisserie est bleue. Un bleu violine que l’on retrouve à l’autre extrémité de la toile, dans les biseautages de la théière. Un bleu violine qui occupe le centre de la toile, dans l’épanouissement du pantalon bouffant. Dès lors, le bleu violine envahit l’espace tout entier. Depuis les plicatures de la large culotte, il remonte sur la ceinture et le boléro. Rebondit de la théière jusqu’à l’esquisse florale. Au point de se substituer, comme par synecdoque, à tous les autres coloris. Qui se fondent, comme par magie, dans le décor. Et s’estompent.

Pourtant, Matisse n’a pas retenu le bleu pour caractériser cette odalisque. Il lui a préféré le « fauteuil turc ». Sans doute pour introduire des variantes dans les intitulés qu’il associe à ses œuvres. (L’Odalisque au pantalon rouge date de 1921). Peut-être aussi pour éviter la redondance entre le titre et l’œuvre. Enfin pour détourner l’attention de la couleur vers l’objet. De l’élément dominant vers l’élément second, plus anecdotique. C’est cet habile déplacement, forçant le regard à se détacher de ce qui le cristallise, qui donne à la toile sa mystérieuse ampleur.


«…abandonnée à l’oisiveté de sa pose alanguie. Le coude appuyé sur un fauteuil, la tête reposant nonchalamment dans sa main, la jeune femme, les yeux fixés dans le lointain…»

Cela me rappelle quelque chose, cara Anghjula !

Guidu, di ritornu di a Corsica …
Pace è salute a tutti !

« Nul ne saurait dire son désir.

Chaste en dépit de ses parades, ses mouvements de hanches, ses colères, ses langueurs, ses outillages de grues et de balises, ses coques et ses carènes, elle dissimule au plus profond du beau milieu de soi quelque bourgeon de rose ou d’algue qui ne s’entrouvre pour personne, hormis les doigts agiles des anges aux ongles fins. »

Jean-Michel Maulpoix, Une histoire de bleu, Poésie/Gallimard, 2005, page 130.

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