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07 novembre 2005

7 novembre 1961/Gaston Bachelard, Grand Prix national des lettres

Éphéméride culturelle à rebours




    Le 7 novembre 1961, Gaston Bachelard est récompensé par le Grand Prix national des lettres pour l'ensemble de son œuvre philosophique. Un an avant sa mort, survenue le 16 octobre 1962.




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La réalité géométrique des formes
Ph, G.AdC




    À la fois philosophe et homme de lettres, formé à la philosophie des sciences et de l’histoire, Gaston Bachelard est une figure à la fois originale et fondamentale du monde littéraire. Esprit pluridisciplinaire, forgé à de multiples modes de lecture, il porte sur l’œuvre littéraire un regard novateur. Qui tente d’abolir les clivages des mondes littéraire et scientifique. Gaston Bachelard: un savant et un poète.

    Nourri par la lecture des ouvrages de Freud, Gaston Bachelard ose la confrontation de l’œuvre littéraire avec la psychanalyse. Mise en perspective avec les profondeurs de l’inconscient, la critique littéraire est rénovée de l’intérieur. Une révolution qui s’impose dès 1938 avec La Psychanalyse du feu. Et insuffle à la nouvelle critique ses orientations futures.

    Suivent d’autres ouvrages de la même veine poétique : L’Eau et les rêves (1942), L’Air et les songes (1942), La Terre et les rêveries du repos (1945), La Terre et les rêveries de la volonté (1948), La Poétique de l’espace (1957), La Poétique de la rêverie (1960), La Flamme d’une chandelle (1961).



EXTRAIT de La Poétique de l’espace :


    « À la coquille correspond un concept si net, si sûr, si dur que, faute de pouvoir simplement la dessiner, le poète, réduit à en parler, est d’abord en déficit d’images. Il est arrêté dans son évasion vers les valeurs rêvées par la réalité géométrique des formes. Et les formes sont si nombreuses, souvent si nouvelles, que, dès l’examen positif du monde des coquilles, l’imagination est vaincue par la réalité. Ici, la nature imagine et la nature est savante. Il suffira de regarder un album d’ammonites pour reconnaître que, dès l’époque secondaire, les mollusques construisaient leur coquille en suivant les leçons de géométrie transcendante. Les ammonites faisaient leur demeure sur l’axe d’une spirale logarithmique […]

    Naturellement le poète peut entendre cette catégorie esthétique de la vie. Le beau texte que Paul Valéry a écrit sous le titre Les Coquillages est tout lumineux d’esprit géométrique. Pour le poète : un cristal, une fleur, une coquille se détachent du désordre ordinaire de l’ensemble des choses sensibles. Ils nous sont des objets privilégiés, plus intelligibles à la vue, quoique plus mystérieux à la réflexion, que tous les autres que nous voyons indistinctement.* Il semble que pour le poète, grand cartésien, la coquille soit une vérité de géométrie animale solidifiée, donc « claire et distincte. » L’objet réalisé est d’une haute intelligibilité. C’est la formation et non pas la forme qui reste mystérieuse. Mais sur le plan de forme à prendre, quelle décision de vie dans le choix initial qui est de savoir si la coquille sera enroulée à gauche ou enroulée à droite ? Que n’a-t-on pas dit sur ce tourbillon initial ! En fait, la vie commence moins en s’élançant qu’en tournant. Un élan vital qui tourne, quelle merveille insidieuse, quelle fine image de la vie ! Et que de rêves on pourrait faire sur la coquille gauchère ! Sur une coquille qui dérogerait à la rotation de son espèce !

    Paul Valéry séjourne longtemps devant l’idéal d’un objet modelé, d’un objet ciselé qui justifierait sa valeur d’être par la belle et solide géométrie de sa forme en se détachant du simple souci de protéger sa matière. La devise du mollusque serait alors : il faut vivre pour bâtir sa maison et non bâtir sa maison pour vivre.

    Dans un deuxième temps de sa méditation, le poète prend conscience qu’une coquille ciselée par un homme serait obtenue de l’extérieur, en une sorte d’actes énumérables qui portent le signe de beauté retouchée, tandis que « le mollusque émane sa coquille », « laisse suinter la matière à construire », « distille en mesure sa merveilleuse couverte ». Et dès le premier suint la maison est entière. C’est ainsi que Valéry rejoint le mystère de la vie formatrice, le mystère de la formation lente et continue… »

Gaston Bachelard, La Poétique de l’espace, Chapitre V, La coquille, PUF, Collection Quadrige, 1957, pp. 104-105.


*Paul Valéry, Les Merveilles de la mer. Les coquillages, Collection « Isis », Éditions Plon, p. 5.



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