« ONZE sylvie 1 | Accueil | DOUZE mireille 1 »

05 novembre 2005

Commentaires

Signalant cette note de Terres de femmes, Detti oghje (u blog in lingua corsa di a televisiò di serviziu pùblicu france 3.fr : le blog en langue corse de la télévision de service public france 3.fr) ajoute en commentaire le paragraphe suivant :
« C'est en Corse, le 23 août 1939, alors qu'il était en vacances chez Danielle et Laurent Casanova à Piana, que Paul Nizan apprend la signature du pacte germano-soviétique. Le 27, au siège de Ce soir, souligne Anne Mathieu dans l'édition du journal L'Humanité du 26 février 2005- il prône un « communisme national », face à son directeur Aragon, partisan d’un alignement sur la ligne soviétique. Après l’invasion de la partie orientale de la Pologne par l’URSS, Nizan, mobilisé, adresse le 21 septembre à Jacques Duclos sa lettre de démission du PC, - rendue publique le 25. Les calomnies commencent. En mars 1940, Maurice Thorez qualifie Nizan d’« agent de la police ». En mai, Nizan meurt au combat. »

En effet, Paul Nizan et Henriette, qui ne connaissaient pas la Corse, s'étaient rendus pour la première fois dans la famille de Danielle et de Laurent Casanova *, les Perrini [SIC], qui habitaient un petit village au-dessus d'Ajaccio **. En fait, si l'on se fie au témoignage d'Henriette (Libres mémoires, pp. 250-253), les Nizan ont, semble-t-il, loué deux chambres dans un petit hôtel de Porto, tenu par d'autres membres de la famille Perini, et passaient leurs "journées dans des criques secrètes des calanques de Piana" ("Des vacances sans la mer n'étaient pas pour nous de véritables vacances, aussi avions-nous programmé de passer quelque temps à Porto"). C'est dans cet hôtel, dit Henriette, que Paul Nizan avait entrepris l'écriture d'un nouveau roman, Soirée à Somosierra. A Porto, les Nizan n'avaient pas les journaux, mais ils écoutaient les nouvelles à "l'énorme poste de la salle à manger de l'hôtel". Dès l'annonce de la signature du pacte germano-soviétique, les Nizan décidèrent de rentrer. Ils quittèrent Porto pour rejoindre par autocar le village des Casanova. Henriette Nizan décrit longuement ce moment :
« L'autocar n'avançait pas bien vite sur ces petites routes corses car, chose alarmante, de tous les coins de la région, les paysans arrivaient avec leurs chevaux. Dans chaque village traversé se répétait la même scène : derrière une table faite de planches et de tréteaux, se tenaient un ou deux hommes, le maire, peut-être, et un élu, ou bien des gendarmes et, devant la table, les hommes et leurs chevaux attendaient : sur de grands registres, chaque cheval était consigné. Dans le car brinquebalant, nous suivions les chevaux. Je songeai : "Tant que ce ne sont que des hommes qui se font recenser, ce n'est pas une preuve absolue de guerre, mais lorsqu'on en vient à recenser les chevaux, c'est véritablement très mauvais signe." Je regardais les croupes grouillantes de taons luisants. Les coups de queue ne faisaient qu'en chasser quelques-uns qui, affolés, un instant s'éloignaient, parfois entraient par l'une de nos fenêtres. Mais la plupart revenaient bien vite sur leur proie. Je me disais que ces pauvres chevaux devaient souffrir sous tant de morsures. Et il faisait une chaleur écrasante.
Les Casanova étaient prêts, eux aussi, à s'embarquer. Nizan interrogea tout de suite Laurent. Il n'obtint aucune précision sur la décision de Staline. Casanova en savait-il davantage ? Deux mois plus tôt, il était à Moscou. En fidèle inconditionnel du Parti, Casanova se bornait à répondre : "Si Staline l'a décidé, c'est qu'il avait ses raisons !" Arrivé à Ajaccio, Nizan se procura les derniers numéros de Ce soir. Il y lut les articles d'Aragon : plus Nizan lisait, plus il devenait pâle. Aragon, comme le Parti, s'alignait sur Staline. Dans L'Humanité, l'ami Gabriel Péri n'avait écrit aucun article : c'était bien mauvais signe. Nizan ne dit pas un mot. Nous montâmes dans le premier bâteau en partance pour le continent. Pendant les longues heures de traversée, il n'adressa plus la parole à Casanova. Chacun de nous se réfugiait dans le silence, ruminant ses pensées en secret. »

* Henriette Nizan commet une erreur en disant que Laurent était le frère de Danielle. Non, c'était son mari, qu'elle avait épousé le 12 novembre 1933, et qui deviendra le secrétaire particulier de Maurice Thorez.

** "Nous nous apprêtions à passer de très agréables vacances avec les enfants. La famille de Danielle, les Perrini, habitait un petit village de montagne au-dessus d'Ajaccio", écrit Henriette Nizan dans Libres mémoires (page 250). La famille Perini (et non pas Perrini) - Danielle Casanova est née Vincentella Perini - est originaire de Vistale (un hameau de la commune de Piana). Je ne vois pas à quel hameau Henriette Nizan fait allusion. Vistale est à 63 km d'Ajaccio.


Dans un courriel de ce jour, Anne Mathieu * nous informe que le Fonds Paul Nizan est transféré depuis la fin 2005 à la BnF et que La revue Aden. Paul Nizan et les années 30 consacrera la majeure partie de son n° 6 (sortie octobre 2007) à la question des rapports entre Féminisme et Communisme.

* Anne Mathieu est la directrice d'Aden.


J'avais adoré les Mémoires d'Henriette Nizan, que j'avais entendue à Apostrophes, il y a désormais bien longtemps !


Oui, en effet, soit le 13 mars 1981, soit, plus probablement, le 3 novembre 1989, six jours avant l'ouverture du mur de Berlin... Un siècle pour moi !!!

voir p. 375 de Libres mémoires d'Henriette Nizan. Elle n'a jamais prétendu que Laurent était le frère de Danielle, contrairement à d'autres...



PS du webmestre de TdF :
Merci pour cette référence. En réalité, il n'était fait allusion qu'à ce qu'écrit (à la page 250) Henriette Nizan dans ses Libres mémoires : "La famille de Danielle, les Perrini, habitait un petit village de montagne au-dessus d'Ajaccio. Laurent Casanova, son frère, et Paul-Yves avaient chaque jour de longues discussions politiques."

L'utilisation des commentaires est désactivée pour cette note.