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04 octobre 2005

Commentaires

Chère Angèle, ce passage de Choderlos de Laclos m’a donné envie de vous proposer ce

RENDEZ-VOUS DE L'IMPOSSIBLE__________
En forme de Soliloque de l’amertume, comme un masque de dépit amoureux !
Ah ! les affres de l’amour…

"Si tu t'inventes d'aussi radieuses chimères sur toi-même, c'est peut-être pour te griser d'un manque au présent. Comment combler ce gouffre de rêves Renaissance, alors qu'il n'est que contrefait. Le pire, c'est qu'en te penchant peut-être trop longtemps, tu y découvriras un miroir où tu ne te reconnaîtras guère. Il ne renvoie que des images vieillies, car la distance qui nous sépare de lui calque pleinement le temps présent, celui qui nous dépossède tant sa course en tourbillonnant se pare d'inoubliable."

Voilà ce que le voile dont vous vous drapez m'a dit au bout de l'impasse où je vous attendais !
Reviendrez-vous ?

Amicizia
Guidu _________

PS : ICI


Pour information, Christiane Baroche a écrit un roman-prolongement à celui de Laclos. Son livre s'intitule L'Hiver de beauté. Souvenez-vous, à la fin de son livre, Laclos lance la Merteuil sur les routes du Nord avec la variole et la perte d'un œil. Comment l'indomptable Merteuil a t-elle pu reconstruire sa vie ?

Curieuse réponse, mon cher chevalier et tendre ami, que celle que vous me faites à propos de la lettre de Madame de Merteuil ! Que dois-je penser de la réflexion à laquelle vous vous livrez sur les effets miroirs et sur les jeux déformants qu’ils engendrent ? Voyons un peu, dites-moi, ce qui, dans cette lettre de Madame de Merteuil à Cécile Volanges, vous inspire de tels propos sur les jeux de reflets dont je serais, selon vous, l’instigatrice. Ainsi que de mes « radieuses chimères » ? Êtes-vous sûr de ne vous être pas trompé d’interlocutrice ? Êtes-vous sûr que votre cocher n’a pas subtilisé un message à un autre ou de n’avoir pas interverti le nom de vos aimantes destinataires ?

Je ne vois rien, quant à moi, dans les gronderies de Madame de Merteuil, qui évoque ce dont vous semblez me faire reproche. Je ne vois, dans ce discours superbement ciselé, que fine raillerie et ironie savamment filée, en réponse à la naïveté et aux caprices amoureux de Cécile. Il faut dire que la jeune demoiselle n’en est encore qu’aux prémices de l’amour et qu’elle a bien des leçons à prendre avant que de se perdre par elle-même dans les roueries du sentiment.

Enfin, chère Myriade, pour ce qui est de Madame de Merteuil et de la terrible condition où son brillant maître a voulu la jeter, aux termes de ses ambitions libertines, je ne connais point de sort plus terrible que de l’avoir ainsi défigurée. Qu’elle finisse parmi la racaille des tripots ou cloîtrée au fin fond d’un couvent de province, m’importe au final assez peu. Ce qui fait la supériorité des Liaisons dangereuses, c’est le style de son auteur, un style éblouissant, à nul autre pareil et jamais égalé depuis.

Je regrette toutefois que Choderlos de Laclos ait choisi de clore les péripéties sentimentales de son chef-d’œuvre par une pirouette, moralisatrice à souhait. Comprenons-le. Il fallait bien, le pauvre, qu’il se fasse pardonner les licences libertines auxquelles il avait assujetti ses personnages. Il faut croire aussi qu’il avait abouti à une impasse dont il s’était constitué le prisonnier le plus galant, mais aussi le plus talentueux.

Chère Angèle,

Je te conseille un livre qui reprend le fil des Liaisons dangereuses en s'adressant par lettres à la Marquise de Merteuil et qui pose les questions :
Qu'est-ce que l'amour? Qu'est-ce que la trahison ? Et surtout qu'est-ce que la liberté d'une femme, sous l'ancien Régime comme de nos jours...

Hella S. Haasse, Une liaison dangereuse : lettres de La Haye, éditions du Seuil, 1995.

Je t'embrasse
à demain

"double jeu", je me souviens que tu m'as parlé d'Hella Haasse en Corse. Je t'ai répondu avoir lu l'ouvrage consacré à Bomarzo. Il me semble qu'Une liaison dangereuse est épuisé, mais il en reste quelques exemplaires chez chapitre.com. Je fais un lien sur un article paru dans Lire.

Bonjour Yves,

Je me souviens de cette conversation sur la terrasse, souvenir d'une belle journée. Je voulais te dire que dans la collection "Points "du Seuil on peut trouver le livre.

Bonne journée
Elisanne

J'avoue avoir eu un moment de flottement. Qui me répondait ? Angèle ou Madame de Merteuil ?

Tu me fais sourire, Myriade..., et même rire. Tu as deviné que le XVIIIe siècle est mon siècle de prédilection. Je vais te confier un secret. La marquise est le surnom que m'a toujours donné la talentueuse Eli (Du coq à l'âne), par référence à la Merteuil évidemment, Eli étant une lectrice fervente et fiévreuse des Liaisons dangereuses. Ceci dit, soyons modeste, je ne suis, hélas, ni la Merteuil, ni Laclos. Je n'ai ni les qualités d'écriture de Laclos ni la dimension de la marquise. Mais il me plaît, à mes heures, de me frotter à l'un et à l'autre.

Je t'embrasse,
Angèle

Merci, belle Elisanne, pour ces précisions bibliographiques. Je me demande bien pourquoi on parle si peu - en France - de la Néerlandaise Hella Haasse. Je vais essayer de me procurer l'ouvrage.

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