« Paul Verlaine | Mon rêve familier | Accueil | Amants heureux »

28 septembre 2005

Commentaires

Esthétiquement superbe !

Et amusant : la plume sur le fragment de pellicule semble être, en effet de miroir, un phare renversé...

En cette journée suspendue au destin du "Pascal Paoli", ce navire en rade au large de Bastia, cette illustration évoque une troublante actualité !!!

Mais cher Guidu, je ne suis pas nationaliste et le symbole de la tête de maure est pour moi malheureusement l'emblème d'une tête... coupée... du monde. Je suis avant tout altermondialiste, profondément éprise de culture corse, certes, mais dans sa dialectique et ses relations avec l'universalisme des autres cultures, fussent-elles minoritaires.
J'ai toujours été en rupture avec les notions identitaires qui figent l'évolution des cultures et des peuples. Même si cet identitaire est un moment incontournable de ressaisissement de l'histoire et des forces de la mémoire (riacquistu), il est malheureusement trop souvent fétichisé, pétrifié par des institutions culturelles ou locales dénuées de vision et d'analyse politique. Trop souvent assigné, cet identitaire, à n'être qu'un consensus régressif. Et c'est justement cela que toute ma vie j'ai contesté, au prix d'une certaine solitude.
En fait je me sens assez proche de la pensée de Castoriadis et de son analyse sur L'Institution imaginaire de la Société.
Le malheur est justement en Corse, à mon humble avis, que l'on institutionnalise des symboles à défaut de symboliser pour les résoudre des contradictions vitales. Bref, je crois qu'on pèche par soumission à des modèles imaginaires consensuels et décalés...

Amicalement

Nadine

Je connaissais ton positionnement, Nadine, et j'admire le courage de ta formulation. Remarque toutefois que cette tête de Maure (qui est aussi une forme de localisation de ton espace vital) est largement compensée par cet envol du mot "utopie" (un lieu de "nulle part" et donc de partout). L'altermondialiste est donc bien présente.
Bien amicalement,
Yves

Cher Yves,

Merci de ton message. Mais si j'ai mis en sous-titre au texte "Utopie" : "l'utopie comme métaphore" en hommage à Sciascia, c'est que je suis aussi critique sur certaine utopies qui peuvent être parfois très meurtrières et destructrices, par un excès d'universalisme.
Il y a toujours un équilibre, difficile à atteindre entre le local et l'universel.
Tapies et Mirò, par exemple, ont aussi connu ces contradictions, mais ils les ont résolues et incarnées avec un certain génie. J'essaie seulement et modestement d'être fidèle à mes convictions.

Amicalement

Nadine

Je suis très émue par ce portrait, si habilement ciselé et si complet. Je te revois encore, Nadine, à Bastia, sur la place du Vieux-Marché, désertée ou presque, à l’heure chaude de midi, quand nous nous sommes rencontrées pour la première fois. C’était quelque temps après notre retour du centre de la Corse.

Le drapeau maure flottait sur Muna comme il flotte sur Nonza et sur Luri. Souvent associé à la figure emblématique du Che. Béret rejeté en arrière, cigare aux lèvres, regard porté haut vers les lointains. Les Corses se cherchent, toujours, indéfiniment. Ils cherchent un ailleurs et un père. L’image ardemment désirée de ce « babbù di a patria », à la fois rassurant et viril, capable de leur montrer vers quel ailleurs mettre à la voile. Un ailleurs, voguant au large et qui ne les arracherait pas à leur terre. Un ailleurs prometteur de richesses qui n’entraveraient nullement leur liberté. Les Corses toujours assujettis à ce perpétuel jeu de balancier. Qui les tient à la fois viscéralement attachés à leur île et pourtant désireux de pouvoir lever l’ancre. Peut-être le « Pascal Paoli », qui vacille aujourd’hui entre deux eaux, est-il le symbole de cette douloureuse et sourde dualité. Pétrie de composantes antagonistes, cette dualité taraude encore davantage les Cap-Corsines que nous sommes, toi et moi. Une dualité peut-être moins sensible dans la Corse de l’intérieur, où seules décident les rudes exigences de la montagne. La Renfermée, la Corse, comme l’a si justement définie Marie Susini. Île semblable à la bogue de la châtaigne qui, entre ouverture et fermeture, hésite. Et laisse entrevoir, pris entre l’ourlet de ses lèvres, le fruit mûr, prêt à livrer sa chair tout en la retenant (je tiens à cette métaphore et je n’en veux pas d’autre, quelque osée qu’elle soit !). Mais toi et moi, tu le sais, la mer un jour nous gagne, qui nous invite à rejoindre d’autres rives. Les rives d’un autre rêve, construit sur des terres plus larges, plus ouvertes à la multiplicité des courants, à la dialectique démultipliée des désirs et des formes. C’est peut-être cela qui nous rend à la fois plus vulnérables mais aussi plus fortes.

Angèle, tu as dit l'essentiel et de façon aussi évidente que subtile !

Je suis extrêmement heureuse de vous avoir rencontrés Angèle et Yves et les textes que je viens de lire de Guidu le révèlent aussi humain et authentique que vous. Nous n'aurons pas chacun à renoncer à nos différences et à notre complexité pour nous entendre ! Le courant passe !

L'utilisation des commentaires est désactivée pour cette note.