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05 juin 2005

5 juin 1937/Naissance d’Hélène Cixous

Éphéméride culturel à rebours




Il y a soixante-neuf ans, naissait à Oran, le 5 juin 1937, Hélène Cixous.




Helene_cixous__1
Image, G.AdC




Née à Oran, Hélène Cixous vit son enfance en Algérie. Marquée par la guerre, elle vit la mort prématurée de son père, originaire d’Afrique du Nord, comme un traumatisme profond, qui lui inspire son roman Dedans. Pour lequel elle obtient en 1969 le prix Médicis. La même année, Cixous fonde la revue Poétique. En collaboration avec Tzvetan Todorov et Gérard Genette. Professeur de littérature anglaise à Vincennes, Cixous est aussi traductrice. De Joyce, en particulier, auquel elle a consacré sa thèse de doctorat. Auteur de nombreux essais et romans, consacrés à la gloire et à l'exaltation de la féminité, Hélène Cixous élève la femme au rang des grandes héroïnes mythologiques. Elles ont pour nom Ananké, Promethea, Jocaste. Sans cesse interrogeant la naissance du désir. Mais aussi les souffrances et les angoisses propres aux femmes.

En février 1976, Hélène Cixous signe son entrée en dramaturgie avec Portrait de Dora, joué pour la première fois au Théâtre d’Orsay par la Compagnie Renaud-Barrault. Dans une mise en scène de Simone Benmussa. Hélène Cixous aborde ainsi de plain-pied le théâtre par la psychanalyse, sa pièce mettant en scène Freud en personne. Et Dora (Ida de son vrai nom), la jeune patiente hystérique dont il s’occupe dans les années 1900. Dans cette pièce, où se côtoient scènes de la vie réelles et scènes de la vie rêvée, les promesses d’amours possibles se croisent dans l’imaginaire des personnages. Dès la première didascalie, « La voix de la pièce » déclame :
« …Ces événements s’annoncent, comme une ombre, dans les rêves, ils deviennent souvent si distincts qu’on croit les saisir d’une façon palpable, mais, malgré cela, ils échappent à un éclaircissement définitif, et si l’on procède sans habileté ni prudence particulière, on ne peut arriver à décider si une pareille scène a réellement eu lieu ».

En 1985, la collaboration étroite d’Hélène Cixous avec Le Théâtre du Soleil conduit l’écrivain de l’exploration de la scène de l’inconscient à l’exploration de la scène de l’Histoire. Elle compose pour Ariane Mnouchkine de grandes fresques telles que L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge (1985). Ou encore L’Indiade (1987), dont le sujet porte sur Gandhi et sur les questions de l’indépendance indienne. L’écriture théâtrale ne détourne nullement l’écrivain d’autres formes d’écriture. Car, quel que soit le champ notionnel pour lequel se passionne l’auteur (Rêve je te dis, L'Amour du loup et autres remords,...), celle-ci continue d’explorer sans relâche ce qui est au centre de ses recherches, l’écriture. Et la relation étroite que l’écriture entretient avec certaines interrogations fondamentales dont « l’énigme invivable de la relation homme-femme ». Chez cette grande intellectuelle, la réflexion sur l’écriture rejoint en permanence la réflexion sur le désir féminin. Une symbiose risquée mais parfaitement aboutie.

Angèle Paoli
Texte©angèlepaoli



EXTRAIT : LE LIVRE DE PROMOTHEA

« …Tout devient bonheur. Je suis un peu malheureuse de n’avoir pas eu le temps de rester le matin allongée sur ton corps, quand les heures du jour sont rapides comme des minutes, et ensuite de rester l’après-midi plongée entre tes cuisses quand les minutes sont grosses comme des heures, je suis un peu malheureuse de cela, et de cela je suis heureuse. Tout nous donne du bon malheur…
Elle est revenue.
J’avais tout imaginé si précisément, j’avais imaginé ton premier regard, j’avais vu le feu de ton sourire tourné vers moi comme le regard qui s’élance depuis l’éternité, j’avais imaginé ton corps, exactement, depuis le brasier des cheveux jusqu’aux souliers, j’avais imaginé ta couleur, ta taille exacte, l’allure de ton pas.
J’étais donc sûre que rien de ce que j’avais imaginé ne se réaliserait. Mais tout a été exactement comme je l’avais imaginé. C’était bien toi. C’était bien mon rêve, c’était pourtant bien la réalité. »

Hélène Cixous, Le Livre de Promethea, Gallimard, 1983, page 159





Voir aussi :
- (sur Terres de femmes) Hélène Cixous/
Petites érinyes de la conscience.




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