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02 mai 2005

Commentaires

Je ne connaissais pas l'art spirite, mais, ayant vécu cinq ans à Munich, j'ai fréquenté Kandinsky et Paul Klee. Le premier, en particulier, considérait ses premières oeuvres abstraites une sorte d'oeuvre spirite.

Je teste en même temps ma capacité à faire des commentaires!

ET CA MARCHE!!!!

Bon, je vois, Giulia, que tu as accepté sans rechigner d'aller en première ligne. Du coup, le terrain est enfin dégagé. Le bug a pris du large.

Le Mazzerisme___________

J’espère n’être pas hors sujet avec ce qui suit
… Il y a en Corse un monde invisible qui double le nôtre et dont tout un peuple sent la présence…
La suite ICI

Amicizia
Guidu__________


Je ne crois pas, Guidu, que tu sois si éloigné que cela du sujet. Tu sais bien qu'en Corse la transmission de certains savoirs occultes se fait par les femmes. Rappelle-toi l'extrait de l'ouvrage d'Hèlène Bresciani qu'avait choisi Angèle concernant le malochju, « le mauvais œil ».

Cette transmission par les femmes a toujours me semble t-il été à double tranchant. Facteur d'union, de cohésion pour des femmes en butte à la violence des hommes, il permettait (permet) aussi de maintenir les jeunes générations dans une sorte de dépendance vis-à-vis de celles qui "savent". Avec parfois une véritable violence à l'égard des brebis galeuses.
La rationnelle que je suis a beaucoup de mal à "croire" dans ce lien avec les morts.
Je peux "comprendre" un lien avec l'environnement global, la nature, les éléments, mais avec les morts ?
Pour ce qui est de l'art spirite, un peu comme pour l'écriture automatique, j'avoue être sceptique, est-ce que les psys ne parleraient pas de névrose ?

Moi qui ai beaucoup de mal avec le rationnel et des rebiffades permanentes contre lui, j'ai tendance à absorber les forces en jeu dans le "spiritisme". Je suis même obligée de me tenir un peu au large, si je veux me préserver de ses tentations. Car j'aurais sûrement été (en tant que fille aînée) un peu sorcière, si j'avais longtemps vécu, comme Guidu ou comme Hélène Bresciani, dans les terres reculées de nos montagnes corses. Il est vrai que le "mazzerisme" est moins présent sur les côtes déchiquetées du Cap Corse que dans les terres de l'intérieur. Mais, si le mot est typiquement corse, les pratiques, elles, existent un peu partout en Méditerranée. Et renaissent de leurs cendres, dès que le rationalisme ambiant veut imposer sa loi.
Méditerranée, terres et mer de rebelles ? Rebelles aux "Lumières" de la pensée ? Sans doute. Même si Jean-Jacques Rousseau a fait de la Corse son île de prédilection pour se livrer à une étude politico-sociale qui lui a inspiré l'ouvrage fondamental intitulé Du contrat social. Publié en 1762.

Entre les deux forces, mon coeur hésite, comme toujours. Et je n'arrive pas à trancher définitivement en faveur du rationalisme ou des forces occultes. Je ménage l'un et puis l'autre, dans un perpétuel mouvement de balancier.

Mon dialogue avec les morts est quotidien. Je le cultive avec soin depuis l'enfance. Ce qui me vaut parfois des rêves prémonitoires, dont certains sont à la lettre "chavirants".

Je ne sais pas si, comme le souligne Hecate, on peut réellement parler de névrose à l'égard des "artistes spirites". Pour avoir encore récemment visité le Musée de l'Art brut à Lausanne, je suis partagée. Les artistes relevant de ce courant "Art brut" sont des êtres n'ayant aucun lien, de quelle que nature que ce soit, avec le milieu artistique, bien au contraire. En consultant leurs biographies, il apparaît que ce sont souvent des simples d'esprits ou des personnes ayant vécu des événements extrêmement traumatisants les ayant conduits dans un autre monde, des personnes "borderline" qui ne s'épanouissent que dans un art la plupart du temps compris d'eux-seuls.
L'art spirite est quelque peu différent dans la mesure où les personnes y touchant affirment entendre des voix ou recevoir des contacts de nature diverses émanant d'un monde inconnu que l'on qualifie, sans doute de manière trop schématique, de monde des défunts. En pensant par exemple à Marguerite Burnat-Provins, je ne crois pas du tout qu'on puisse lui appliquer le terme de névrosée (encore faudrait-il définir ce terme, mais je ne suis pas spécialiste de ce vocabulaire).

L'idée du lien avec les morts ne me heurte en aucun cas. Je serais plutôt interpellée par la féministation de cet art, comme je l'indique à la fin du texte. Il existe bien entendu des hommes relevant de ce courant, mais la plupart du temps, les oeuvres les plus prolixes et les plus fortes émanent de femmes.

N'étant pas moi même une spécialiste, j'avais donné au terme "névrosé" un sens très élargi: personne ayant subi un traumatisme et qui garderait ce traumatisme à fleur de peau, en surface, le laissant passer dans son art, quel que soit cet art.
Sur le dialogue avec les défunts, je crois que mon "opposition" vient surtout du fait qu'un tel dialogue me paraît dès le départ "injuste". Ceux qui nous parleraient seraient le plus souvent des proches, très proches: père, ami, mère, soeur, mère. Mais si on regarde les drames récents, le poids de ces morts devrait peser sur nous tous. Les millions d'enfants exterminés au cours du XXe siècle, ceux que nous laissons mourir aujourd'hui au Darfour, ou ailleurs, de la guerre, du SIDA, du palu, pourquoi ne nous interpellent-ils pas eux? Pourquoi leurs révoltes ne nous touchent-elles pas davantage? Pourquoi eux sont silencieux? Pourquoi ne viennent-ils pas peser davantage sur nos consciences aveugles et sourdes?
Questions absurdes peut-être, plus marquées par un sentiment de révolte que par un rebond sur les expériences décrites ici. Je ne sais pas. Et peut être aussi que ce silence-là, pour moi, dit clairement que la mort n'est ni un passage, ni un "renouveau", elle est une fin.

Regarde, ma chère Hécate, combien les mots peuvent être traîtres. "La mort est une fin". Comment puis-je aussi l'entendre au-delà ce que tu as pensé vouloir dire ?

La fin d'un voyage, d'une aventure, d'un drame, d'un calvaire. La dernière page, le dernier lien. Je ne sais pas.
L'image qui m'a toujours le mieux parlée de la mort, ce sont ces fileuses, les Parques dont l'une est chargée de trancher le fil. Celui ci tranché, il ne reste rien, qu'un souvenir qui lentement se défait dans le noir.
"LA" fin peut être plutôt qu'"UNE" fin ;-).

Cette notion de fileuses me fait penser à un beau film d'animation de Anders Ronnow-Klarlund, sorti en début d'année, Strings (rien à voir avec les fils fluo habillant les filles de ma chronique précédente!), qui porte en second titre Les fils de la vie. Des personnages ressemblant à des marionnettes de bois, retenus à la vie par des fils descendant du ciel. Quand la mort décide de les rappeler à elle, il suffit de couper le fil, rien de plus. Simple et rapide, effroyable d'efficacité.

Une représentation symbolique des trois Moires de la mythologie grecque : Clotho (la fileuse des jours), Lachesis (celle qui rembobine les fils et procède au tirage au sort) et Atropos (celle qui tient les ciseaux et coupe les fils de la vie). La fin justifie les moyens. Remarque, Marielle, trois femmes... et ce n'est pas du Woody Allen !

Oui, c'est vrai Yves, trois femmes... Pourquoi? Serait-ce elles qui détiendraient les clés de tout?

Et hop la boucle est bouclée, on revient au pouvoir des femmes, à leur "rôle" sur la question. ;-)
Bon weekend à tous.

Si j'avais le pouvoir des Parques, j'aurais aussi la clé de mon destin. Mais est-ce bien "nécessaire" ?

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