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01 février 2005

Commentaires

Marguerite DURAS m'a émue aux larmes... surtout dans les dernières années de sa vie... je l'ai vue et écoutée bien avant de l'avoir lue... et c'est à travers le regard de Yann Andrea que je l'ai peu à peu reconnue comme une "soeur" d'écriture... Incarnée par Jeanne MOREAU dans le film ( adapté du roman ) "Cet Amour là " j'ai pris conscience de ce qu'elle a donné pendant sa vie la petite Donnadieu, elle qu'on décrivait comme une folle alcoolique, un monstre d'orgueil... n'était derrière tout çà que la petite fille de la mendiante qui aurait eu la chance d'apprendre à lire et à écrire... et qui aurait dit des choses subversives et magnifiques sur l'amour, sur la mort et la violence, sur l'enfant aussi (le seul amour, dit-elle)...

Le portrait de GUIDU est magnifique. Merci !

Le désespoir de DURAS , le dernier amant l'a longuement côtoyé, voici ce qu'il en dit dans M.D :

"Il aurait fallu intervenir quelques mois plus tôt,tout alors était possible, tout. Mais comment vous obliger ? Comment aller contre vous? Comment ne pas vous laisser vous faire tout ce mal ? Où trouver la force pour empêcher ce que vous désirez, comment savoir ce qui vous submerge, cette passion brutale pour la mort ? Comment arrêter la folie de la vie? Personne ne peut aller contre l'esprit qui se cache ? Qui se préserve du monde ? Je crois encore qu'il fallait vous laisser faire, laisser s'accomplir ce qui venait, ce qui vient, ce qui est en train de se passer et attendre.
Ici, dans la chambre, je dois faire face à vous, à moi, à tout un ensemble de choses matérielles. Je suis dans une occupation sconstante et précise. Vous êtes mon souci. Le temps est réglé, ça devient un temps simple.
Je vous entends dormir, je suis près de vous, la peur est moins grande : je vois. Quand le visage est invisible, la peur augmente.
Je découvre ceci : on n'abandonne jamais quelqu'un. "

Yann Andréa, M.D.,
Les Editions de Minuit,
1995, p.80

Merci, M.-P., pour ces commentaires bouleversants. J'ai Marguerite sous les yeux et à portée d'écoute. Il s'agit de quatre CD que tu connais peut-être et qui font partie d'une collection des archives sonores INA. Collection « Les grandes heures » que l'on trouve chez tous les libraires. Ce livret consacré à Marguerite Duras est un titre-écho à son oeuvre et à elle-même : Le Ravissement de la parole.
Je l'écoute sans me lasser. Comme toujours je mets les disques en boucle. Ceux-là, je les connais par coeur. Presque.
J'aime tout chez Marguerite Duras. Je l'ai toujours admirée, du plus loin que je me souvienne. J'ai vu ses films. J'ai vu et aimé (au cinéma et sur scène) Delphine Seyrig, la grande Delphine à la voix sublime. J'ai assisté aux créations de ses pièces de théâtre, dont Savannah Bay avec Bulle Augier et Madeleine Renaud au théâtre du Rond-Point. Un très grand moment. Marguerite a inventé une écriture. Inimitable, malgré l'apparente simplicité de la forme. Une musique de la phrase dont je ne me lasse pas. Qui me parle et m'habite. Je la rencontre souvent, Marguerite, au détour d’une pensée, d’un paysage. Elle fait irruption en moi. Quand elle me manque trop, je lis à haute voix des textes que je récitais jadis sans même y réfléchir.
Je n'ai pas lu Yann Andréa, peut-être par pure jalousie stupide. Mais tu me donnes envie de lui rendre visite. Et de l’apprivoiser.
Merci, M.-P.

Je trouve également bouleversant ce portrait de Duras (et l'extrait que tu as choisi, Angèle, le complète à merveille). Une Marguerite plus jeune, fraîche et émouvante, souriante avec le regard pétillant, prête à croquer la vie et à l'explorer dans les moindres recoins des ruelles les plus sombres. Il y a de la vie dans cette image, une vie joyeuse et animée. Puis Marguerite plus âgée, plus posée, un regard noble et réfléchi, la beauté des années et de l'expérience. Et toujours ce regard qui enveloppe tout, qui sonde et scrute, qui dit tant de choses en gardant le silence. Duras qui regarde devant elle tout en emplissant ses yeux du passé et de la vie, en contemplant ses souvenirs et ses expériences (si nombreuses, si riches, tant dans la passion que dans la douleur).

Duras qui se livra si intimement dans son beau Ecrire (publié chez Gallimard en 1993 et réédité depuis en poche).
"Écrire c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit." (page 28)
"L'écrit ça arrive comme le vent, c'est nu, c'est de l'encre, c'est l'écrit, et ça passe comme rien d'autre ne passe dans la vie, rien de plus, sauf elle, la vie." (page 53)

OUI, j'ai ces documents sonores INA à la maison... et ce sont notamment les dialogues avec les enfants qui me plongent dans le ravissement et la tendresse... Marguerite Duras est une incontournable de la littérature contemporaine et ceux qui passent à côté d'elle sans la voir n'ont pas de chance...

"DIMANCHE 14 NOVEMBRE
"Vous dites : Je t'aime, je crois que je ne vais pas mourir.
Vous beurrez une tartine, vous ajoutez de la confiture d'orange et vous me la donnez, vous dites : C'est pour vous.
Votre visage est lisse, reposé. Vous dormez maintenant sans somnifères.
Vous dites : Il y a encore un homme poudré dans le salon, je me demande quand ça va finir."

ibid. M.D par Yann ANDREA, p. 122

Chaque portrait est un éblouissement. Ces regards, ces lueurs!

J'ai cru comprendre que le portrait de Susan Sontag allait venir. Cette auteur que j'aime tant, dont j'admire le travail engagé et le regard. Le regard de la photographe, de la romancière, de la citoyenne, de la philosophe.

Je l'attends avec une impatience que chaque nouveau portrait rend encore plus dévorante.

Bravo et merci


Le 12 mars 2006, à l'occasion du dixième anniversaire de la mort de Marguerite Duras (3 mars 1996), rediffusion sur France Culture de Forcément Duras : Marcher, danser, passer, parler, partir, atelier de création radiophonique proposé par Jean-loup Rivière et René Farabet, diffusé pour la première fois le 5 novembre 1974, une semaine avant la sortie sur les écrans d'India Song.

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