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20 janvier 2005

Commentaires

Ton mauvais rêve du talus me fait penser à un texte de Winnicott qui s'intitule "La crainte de l'effondrement"...

"Je soutiens", dit-il, "que ce que la crainte clinique de l'effondrement est "la crainte d'un effondrement qui a déjà été éprouvé". C'est la crainte de l'angoisse disséquante qui fut, à l'origine responsable de l'organisation défensive... il y a des moments où un patient a besoin qu'on lui dise que l'effondrement, dont la crainte détruit sa vie, a déjà eu lieu. C'est un fait qu'il importe lointainement caché dans l'inconscient. L'inconscient ici n'est pas exactement l'inconscient refoulé de la névrose. Ce n'est pas non plus l'inconscient que Freud décrit en même temps que le rôle du fonctionnement pour ainsi dire neurophysiologique de la psyché. Ni l’inconscient de Jung : ces choses et autres qui se passent sous terre et dans les grottes, ou (en changeant de vocabulaire) le monde de la mythologie, où règne une complicité absolue entre l’individu et les réalités psychiques internes de la mère. Non : dans ce contexte singulier inconscient veut dire que le moi est incapable d’intégrer quelque chose, de l’enclore. Le moi est trop immature pour rassembler l’ensemble des phénomènes dans l’aire de l’omnipotence personnelle.
Ici, il faut se demander pourquoi le patient continue d’être tourmenté par ce qui appartient au passé. La réponse doit être que l’épreuve initiale de l’angoisse disséquante primitive ne peut se mettre au passé
si le moi n’a pu d’abord la recueillir dans l’expérience temporelle de son propre présent, et pour le contrôle omnipotent actuel (qui prend la fonction de soutien du moi auxiliaire de la mère [L’analyste].
AUTREMENT DIT, le patient doit continuer de chercher le détail du passé qui n’a « pas encore été éprouvé ». Il le cherche dans le futur, telle est l’allure que prend sa quête.
Sauf si le thérapeute peut travailler avec succès parce que pour lui ce détail est déjà un fait, le patient doit continuer de craindre de trouver ce qu’il cherche compulsivement dans le futur. »

D.W. Winnicott, Explorations conceptuelles, La crainte de l’effondrement et autres situations cliniques, nrf, Editions Gallimard, 2001, p. 209-210.

La sagesse (...) est non pas de cheminer dans le juste milieu comme sur un sentier produit par l'effondrement de deux montagnes mais, plus exactement de marcher sur un chemin de crête, flanqué d'un abîme de chaque côté.

Paul Ricoeur, Innocente culpabilité de Marie de Solemne, Éditions Dervy, 1998, page 27

Paul Ricoeur, dont je ne saurais que vous conseiller "Parcours de la Reconnaissance", un essai empli de sagesse et de lucidité autour de trois variations du terme "reconnaissance": identifier, assumer et être redevable/remercier.

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