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31 janvier 2005

Commentaires

En contrepoint de ce texte bouleversant, je propose de lire un poème de Charlotte Delbo, poète beaucoup trop peu connue et à qui mon ami Laurent Grisel donne une juste place sur son site poésieschoisies.


Un reportage à la fois émouvant et effrayant sur la Cinq hier. Des enfants cachés, des enfants sauvés par le hasard et oubliés par la guerre et par la Mémoire, décidaient au soir de leur vie de profiter d'un printemps pour aller à Auschwitz et découvrir le lieu, voir, sentir, imaginer l'endroit où leur père, mère, frère, soeurs avaient disparu, en vingt minutes.
Des témoignages qui parlaient du besoin vital de fabriquer des images, de croire que les cendres, les ossements des leurs étaient sous l'épais tapis vert qui a remplacé la boue, de croire que dans l'odeur de fleur et de feuilles, il reste le témoin olfactif de l'odeur des leurs.
Ces enfants ont un autre point commun: ils sont polonais, né en Pologne et venu vivre en France avec leur famille peu de temps avant le début de la guerre. Alors ils veulent retrouver les racines, retisser le lien lacéré par les nazis. Certains sont chanceux comme ce Monsieur Franck qui va retrouver la trace écrite de ses grands parents, de ses arrières grands parents, retrouver la mémoire de ce qu'on lui a dérobé. Ses yeux, ses yeux si tristes, se sont illuminés, une rougeur a envahi ses joues, comme un enfant qui découvre le plus beau des trésors.
Mais il y avait aussi les mémoires qui se refusaient, celle de ces polonais craignant que les juifs viennent reprendre leur maison et qui en devenaient agressifs, petits, mesquins, comme cette femme qui ne cessait de demander pourquoi la caméra tournait, pourquoi on filmait sa maison, alors, et elle l'a répété au moins trois fois, que cette maison avait été construite après la guerre. Les regards fuyant devant les photos, les mémoires qui se dérobent, et cet antisémitisme polonais toujours présent, latent, l'ombre noire sur ce printemps de la Mémoire.

Ce reportage m'a confrontée à cette étrange réalité. Ces enfants qu'on a caché et dont les familles ont disparu dans la Nuit et le Brouillard, combien ont réussi à retrouver les racines, retisser les liens fracassés? Ce visage heureux devant un simple morceau de papier, les larmes de cette femme à qui on a refusé la visite d'un appartement, le seul qu'elle a connu avant le ghetto de Varsovie, les tentatives désespérées de cet autre pour rappeler sa Mémoire devant les murs salis de slogans antisémite...comme il y a 65 ans. Cette tentative du groupe dans le grand cimetière juif de Varsovie de retrouver un nom sur une tombe. Mais ces tombes perdues au milieu de la végétation, dévoré par les arbres, les herbes folles, les fleurs des champs, ce cimetière, n'est plus un lieu de mémoire, il n'est que le témoignage buccolique d'un drame et d'un ressentiment polonais mal digéré.

La Mémoire...

Billebaude en cette fin de vacances: je découvre ce témoignage, fort, qui me rappelle à différents égards ma propre découverte de "Nuit et brouillard" - âge, perceptions,surtout ce sentiment d'évidence que quelque chose vient de basculer.
Très simplement, merci.

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