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24 décembre 2004

Commentaires

Chère Angèle,

En prolongement de la conclusion de votre texte (« Elle la femme au visage triste l’enfant in-désirée de la soupente la déshéritée. »), je voudrais vous donner à lire ce qui suit. Vous comprendrez sans doute mieux encore ce que savez déjà. Que notre île, pour nous les insulaires, oui, est bien :

UNE ILE METAPHORE _________

Il a quitté l’aéroport au volant de l’automobile de location. Il longe le bord de la mer par le chemin qu’il suit maintenant jusqu'à une ville très ancienne. La mer est calme, le soleil au-dessus éclaire son azur, il paraît plus limpide encore. Ses rayons font tout autour des rochers qui affleurent comme des couronnes de diamant. Elles brillent plus vives et plus scintillantes encore que des étoiles.

Il est au village maintenant. Sur un monticule. Dans une grande vallée. Elle est dominée de tous les côtés par des montagnes qui l'entourent comme un entonnoir. Il a éteint son flambeau. Il fait jour. Il se lève et regarde la campagne. Il voit les chèvres marcher dans les sentiers du maquis et sur les collines. Cà et là, il y a des feux de bergers. Il entend leurs chants. Ils résonnent parmi les plus hautes montagnes de l’île. Figé sur un promontoire, il voit en dessous toutes les vallées et toutes les montagnes qui descendent vers la mer. Les ondulations des coteaux ont des couleurs diversement nuancées, suivant qu'ils sont couverts de maquis, de châtaigniers, de pins, de chênes-lièges, d'oliviers ou de prairies. En face, à l’horizon, l’infini s'étend. Cet insondable comme ce qu'il sait d’elle est méditerranéen. Devant un pareil spectacle, il ne cherche pas à comprendre ce qui se passe en lui. Il se résigne. Il reste ainsi des heures sans penser. Il scrute ébahi la grande ligne blanche qui s'étend dans le lointain. Il a presque envie de pleurer. Il se retient. C’est devant cette mer-là, quand, avec tout son azur, elle surgit au soleil entre les fentes des rochers rouges, que le cœur alors, en une immense envolée, court sur la cime de ces flots si doux, vers ces rivages aimés. Les mêmes où les poètes de l'Antiquité imaginèrent toutes les beautés dans un pays débonnaire, le leur, où l'écume, un matin, apporta Vénus endormie dans sa coquille de nacre.

Plus tard, bien plus tard, par un temps serein, par une mer calme, il quitte l’île. Son île, leur île, si belle. Il lui dit un dernier adieu. Le voici réinstallé devant son écran. Loin d’elle, auprès de souvenirs qui brûlent. Il recommence sa vie sur le clavier de son ordinateur. Il se demande ce qu'ont donc les voyages de si attrayants pour qu'on les regrette à peine achevés.

Il le sait, il l’a compris maintenant, il rêvera longtemps des forêts de pins, des châtaigneraies humides, de la Méditerranée si bleue, si limpide, si éclairée de soleil. Car c’est avec elle qu'il lui faudra bien un jour s'y rendre encore pour qu’elle accepte enfin la tristesse de son peuple, la beauté simple des sentiments des siens.

Un prochain hiver, quand la neige recouvrira les toits et que le vent sifflera dans les serrures, leurs âmes confondues erreront dans le maquis de myrtes, le long des golfes si purs où la lune, en baignant son corps de sirène comme un appel éperdu, leur dira la nécessité de retrouvailles pour toujours.

Amicizia
Guidu _________

Chère Angèle,

Je viens de relire ce texte si émouvant de sincérité et il m’a fait penser à cette photographie que j’ai réalisée à vos cotés un jour de libeccio. C’était le 17 août 2007 à 15 heures 41, vous souvenez-vous ?

J’avais probablement en mémoire «l’organisation à échafauder les tensions à éviter les susceptibilités à ménager les toiles d’araignées à découdre effacer délacer biffer»

Et depuis je sais désormais que vous ressemblez à votre paysage, à votre paysage quotidien, à votre libeccio…

Melita Gianandrea décrit ainsi :

Il libeccio ___

Il libeccio ammanta di calura la terra,
si muove il canneto,
e danza sul mare,
coriandoli di rena calda,
avvolgono il gabbiano in fuga.

Amicizia
Guidu____

J'avais oublié ce texte, cavaliere, mais je revois le moment précis de cette photo. Depuis, la maison et son jardin sont fermés, ses habitants se sont dispersés. Les maisons voisines se sont repliées sur leur silence et moi, je hante les lieux désertés par l'été.

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