terresdefemmes.blogs.com > VISAGES DE FEMMES

« Retour à VISAGES DE FEMMES

Madame du Deffand, Marie de Vichy Chamrond

Madame du Deffand, Marie de Vichy Chamrond

Portrait de Madame du Deffand
Image, G.AdC


28 octobre 1759

« Toutes les conditions, toutes les espèces me paraissent également malheureuses, depuis l'ange jusqu'à l'huître ; le fâcheux, c'est d'être né, et l'on peut pourtant dire de ce malheur-là que le remède est pire que le mal. »

Madame du Deffand, Lettres à Voltaire, Rivage poche/Petite bibliothèque, 1989, page 34.


28 décembre 1765

« La lettre que je vous envoie m’a bien étonnée ; j’imagine qu’elle vous fera le même effet. Le style, la justesse, le goût, tout cela fait-il deviner un octogénaire ? Un homme de trente ans écrirait-il avec plus de force, d’élégance et de délicatesse ? La première partie surtout m’a charmée ; la dernière sent un peu son âge mûr, j’en conviens. Mais, monsieur de Voltaire, amant déclaré de la vérité, dites-moi de bonne foi, l’avez-vous trouvée ? Vous combattez et détruisez toutes les erreurs ; mais que mettez-vous à leur place ? Existe-t-il quelque chose de réel ? Tout n’est-il pas qu’illusion ? Fontenelle a dit : Il est des hochets pour tout âge. Il me semble que j’ai sur cela les plus belles pensées du monde ; mais je deviendrais ridicule à montrer au doigt, si je le faisais avec vous ; il vous serait trop aisé de me confondre et de m’ôter toute réplique. Je me souviens que dans ma jeunesse, étant au couvent, Mme de Luynes m’envoya le père Massillon ; mon génie trembla devant le sien : ce ne fut pas à la force de ses raisons que je me soumis, mais à l’importance du raisonneur. Tous discours sur certaines matières me paraissent inutiles ; le peuple ne les entend point, la jeunesse ne s’en soucie guère, les gens d’esprit n’en ont pas besoin, et peut-on se soucier d’éclairer les sots ? Que chacun pense et vive à sa guise, et laissons chacun voir par ses lunettes. Ne nous flattons jamais d’établir la tolérance ; les persécutés la prêcheront toujours, et s’ils cessaient de l’être, ils ne l’exerceraient pas. Quelque opinion qu’aient les hommes, ils y veulent soumettre tout le monde […] »

Madame du Deffand, Lettres à Voltaire, Rivage poche/Petite Bibliothèque, 1989, pp. 80-81.

Voir aussi l' index général des auteurs.
Retour au Sommaire de la galerie

» Retour Incipit du blog

Lien permanent