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Lou Andreas-Salomé

Lou Andreas-Salomé

Portrait de Lou Andreas-Salomé.
Image, G.AdC


Lou Andreas-Salomé à Rilke

[Schmargendorf, mardi 26 février 1901]

[…] ta silhouette ― encore si tendrement, si précisément consistante pour moi à Waltershausen ― s’est perdue progressivement à mes yeux comme un petit détail dans l’ensemble d’un paysage – pareil aux vastes paysages de la Volga, et où la petite isba visible n’était plus la tienne. J’obéissais sans le savoir au grand plan de la vie qui tenait déjà prêt pour moi, en souriant, un cadeau dépassant toute attente et toute compréhension. Je l’accueille avec une profonde humilité ; et, lucide comme une voyante, je te lance cet appel : ce même chemin, suis-le au-devant de ton Dieu obscur ! Lui, pourra ce que je ne puis plus faire pour toi, ni ne le pouvais de tout mon être depuis longtemps : te donner la bénédiction du soleil et de la maturité. […] »



Rilke à Lou Andreas-Salomé

[probablement peu après le 26 février 1901*]

« Je me tiens dans le noir, comme un aveugle,
parce que mes yeux ne te trouvent plus.
Le trouble affairement des jours pour moi
n’est plus qu’un rideau qui te dissimule.
Je le regarde, espérant qu’il se lève,
ce rideau derrière lequel il y a ma vie,
la substance et la loi même de ma vie
et, néanmoins, ma mort ―. »

* Ce poème est cité par Lou Andreas-Salomé dans son ouvrage Rainer Maria Rilke, Leipzig, 1928, page 13 ; édition française, Maren Sell & Cie, 1989, page 17.


Correspondance R.M. Rilke/Lou Andreas-Salomé, Gallimard, Collection du Monde entier, 1980 et 1985, page 51. Texte établi par Ernest Pfeiffer. Traduit de l’allemand par Philippe Jaccottet.




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