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Amarcord : je me souviens…

Amarcord : je me souviens…

12/01/2005

Bastia

Amarcordnb

Je me souviens… du « Commandant Querré ».

De cette époque lointaine, elle a gardé la nostalgie, ancrée en elle, d’un temps inépuisable. Figé dans une éternité immobile. Toujours recommencée. Inaltérable. L’été de ce temps-là commençait dès la fin juin et avec elle l’excitation des préparatifs de départ. Il leur fallait retenir longtemps à l’avance les places sur le bateau. Il fallait aussi prévoir la place pour la voiture. C’était toute une affaire. C’était l’affaire de leur père. Il y avait l’attente interminable sur les quais. Les sacs à préparer pour la nuit. Ca, c’était le domaine de leur mère. Il y avait les grèves des dockers, qui les prenaient toujours au dépourvu, menaçant de remettre leur départ à des lendemains incertains. Il y avait les automobiles, les « Déesses » et les « Arondes de luxe », les « Quatre chevaux » , les « Dina Panhard », soulevées comme fétus de paille par d’énormes pinces qui les déposaient, un peu brinquebalantes, sur les ponts. C’était un spectacle qui les tenait en haleine... longtemps. « La voilà, c’est la nôtre ! » Ils criaient tous à la fois. Ils pouvaient alors prendre place à bord de la maison flottante sur laquelle ils s’apprêtaient à passer la nuit. C’était une cohue grouillante et bruyante. Il leur fallait trouver leur cabine, prendre place. Se préparer à la traversée. La hantise du mal de mer les gardait cloués dans leur espace exigu. Pourtant le nom même du bateau faisait partie du rêve. Il y avait le « Commandant Querré ». Mais surtout le « Cyrnos » qui prenait le gîte, recevait la houle de plein fouet et les vomissait exsangues, au petit matin, sur les quais de Bastia. Place saint-Nicolas. L'immobile magie des palmiers balayait les derniers tangages de la nuit. Commençait alors une autre vie. La longue vie de l'enfance.

Amarcordnb


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Texte et Photo©angelepaoli