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26 septembre 2012

Commentaires


Voilà, pour la première fois dans tout ce qui s'est écrit sur ce dernier livre de Jérôme Ferrari, Le Sermon sur la chute de Rome, une étude conceptuelle et rigoureuse. Angèle Paoli nous fait percevoir la démarche intime et secrète de l'écrivain. Cette lecture qui semble lui avoir apporté une telle jouissance rebondit, bien sûr, vers la précédente concernant Où j'ai laissé mon âme, mais apporte les ressorts cachés de l'écriture de cet écrivain surprenant. Le vrai problème posé au lecteur étant en définitive celui de la relation entre cette méditation philosophique et historique bien amère et ce portrait de groupe familial, qui soutient l'avancée du roman. Là se situe la finesse, la lucidité de cette critique littéraire. Relation de lecture, interprétation, analyse reformulation du texte qui permettent de mieux approcher ce livre complexe et les questions qu'il pose.



J'apprécie beaucoup cette analyse du roman de Jerôme Ferrari.

Quelques échos, sur le fond du propos d'abord. Il me semble que le personnage d'Aurélie n'est pas si lumineux que ça, et qu'il est lui aussi traversé par des sentiments négatifs et des contradictions : en deux pages elle fait un discours de reproches à son frère sur les "devoirs" qui incombent aux enfants (leur père est en train de mourir) puis elle quitte sans ménagement l'homme qui l'aime (Massinissa) et désire que son père la libère de son propre devoir, elle ne ressent plus "ni compassion ni douleur". Elle est elle-même consciente de se laisser emporter par la "rage", "incorrigible idiote qu'elle était". La complexité humaine voulue par l'auteur se marque par le fait que c'est au moment même où Aurélie exprime un impératif moral susceptible de sauver ces personnages marqués par l'échec et la médiocrité ("il y a des choses terribles, et il faut y faire face parce que c'est ce que font les hommes, c'est dans cette confrontation qu'ils éprouvent leur humanité, et s'en rendent dignes" - et en même temps le discours indirect libre enlève de la force à ce discours), c'est dans ce même temps qu'Aurélie se montre submergée par les illusions et exprime son "mauvais cœur."

Sur la forme, Angèle, je suis heureux de voir que vous vous joignez au "tintamarre" peut-être agaçant et nuisible qui entoure ce roman. Il me paraît pourtant possible d'évoquer publiquement ses lectures sans déconsidérer tout ce
qui a pu se dire auparavant. Vos (et nos) élucubrations me paraissent infiniment précieuses, et leur façon de faire vivre le livre lu plus importantes que les réactions supposées de l'auteur ou que le fait pour un livre de faire la Une des
journaux.

Ainsi, Christiane, il me semble qu'on trouve bien des propos intéressants et rigoureux sur ce roman, je pense aux articles d'Emmanuelle Caminade, aux éclairages dans Le Monde des livres, notamment de Frédéric Boyer, mais à bien d'autres encore.




@ François Renucci.
Bonsoir. Heureuse de vous lire après ce combat courageux que vous avez mené sur la RDL sous le billet du 17/09/2012 "Traduit du Corse, "Domaine étranger" de Pierre Assouline.

Je vous avais laissé un commentaire le 19/09 à 19:09 (en bas des commentaires. L'avez-vous lu ?). Vous aviez magnifiquement défendu Murturiu de Marcu Biancarelli ne recevant en réponses, hélas, qu'une suite d'interventions sottes et vulgaires. Les commentaires sont parfois ainsi, décevants, sur un blog qui présente des billets de qualité... et des batailles insensées dans les commentaires.

Ici, sur Terres de femmes, c'est une approche de la littérature si profonde, une revue si attachante. Je n'ai lu ni l'article d'Emmanuelle Caminade (où peut-on le lire ?), ni celui de Frédéric Boyer dans Le Monde des livres. Je n'ai lu que quelques notes succinctes à la sortie du livre, sur internet, centrant l'intérêt sur l'histoire racontée, les personnages mais jamais sur le rapport avec les sermons de Saint Augustin, sa philosophie et la façon dont cette pensée s'articule avec l'histoire forte que Jérôme Ferrari nous conte, pas plus que le rapport à l'Histoire chaotique de ce siècle sur les fronts de guerre. Le billet d'Angèle m'a beaucoup éclairée et sur le roman (complexe) et sur Jérôme Ferrari.

J'ai ressenti aussi la quête d'Aurélie, lumineuse, en opposition, sur la même terre aux jours terribles qu'André Degorce y avait vécus (roman précédent). Ses interventions douces et sensibles auprès de son frère Matthieu à la mort du père, sont lumineuses aussi près de son grand-père qui se meurt. Seul un être généreux, pacifié et doux, peut ainsi faire reculer la peur au chevet d'un mourant et auprès d'un homme fragile et pétrifié de douleur. Elle s'est installée dans ce morceau de Ve siècle, qui subsistait dans les pierres effondrées d'Hippone où l'ombre d'Augustin plane comme dans un rêve. C'est un beau personnage de femme qui ne refuse pas ses contradictions et la violence des siens mais qui apaise.

Angèle m'a aussi donné à comprendre, par cette superbe note de lecture, cette terre corse - qui me tient à cœur - que je ne comprends pas toujours car elle est fière, secrète et farouche. Elle a relevé des indices dans le livre qui m'avaient échappés et qui lui permettent de clore sa note par ce final : ces deux pages magnifiques, si justes de ton, suffisent à combler mon bonheur de lectrice..

Elle a traversé ce roman en Corse fière de sa terre natale et de ses écrivains et en critique littéraire à la langue somptueuse. Cela me suffit pour que j'évoque une première vraie émotion à la lecture d'un billet sur ce livre si fort, si âpre et tellement noir.

Amitiés.



Si on a beaucoup parlé du Sermon, on s'est aussi beaucoup répété et les critiques éclairant des aspects intéressants de l'ouvrage restent la plupart du temps trop imprécises et superficielles. Je suis donc ravie, Angèle, que vous vous soyez décidée à écrire un article approfondi résultant d'une lecture personnelle attentive. Un magnifique article qui diffère du mien dans son analyse mais le rejoint aussi, ouvrant pour moi de nouvelles perspectives. Quant au personnage d'Aurélie (évoqué par François) qui illumine aussi à mon sens ce roman, il n'est pas pour autant simpliste et sa lumière vient en grande partie de son extrême lucidité sur soi, de son acceptation courageuse du choix qui impose toujours un sacrifice. C'est une femme "vraie" (pour reprendre l'expression de Paul Gadenne) qui éclaire le chemin de la vie et me semble bien susceptible de racheter le monde...



Christiane, voici donc le lien vers le blog d'Emmanuelle Caminade, L'or des livres. Vous y trouverez de nombreux billets sur tous les livres de Ferrari, sur ceux de Biancarelli et sur bien d'autres auteurs corses (mais pas seulement). Oui je vous remercie pour votre intervention sur le blog de Pierre Assouline, agréable dans de ce flots de propos souvent ineptes.

Emmanuelle, les articles, billets et autres propos sur cet ouvrage se recoupent souvent et sont souvent peu développés, c'est vrai mais je trouve qu'il y a souvent des différences dans l'approche et dans l'appréciation, c'est ce qui rend l'ensemble précieux. De longs articles développent souvent quelques aspects seulement d'un livre. Par exemple, je n'ai pas eu le sentiment que le livre de Ferrari traite de "l'âme corse" et encore moins que celle-ci se résumerait à la scène où des personnages tirent dans le vide. Cependant je suis très intéressé par cette lecture d'Angèle car elle donne un éclairage sur sa façon de lire et sur sa vision de "l'âme corse". Et sur ce que peut susciter cet ouvrage.




@ François-Xavier Renucci
J'ai ouvert le lien ! Vous me conduisez vers un chemin rarement emprunté : multiplier la rencontre de notes de lectures après avoir refermé un livre. Je ressens ce que j'éprouve en pénétrant dans les numéros passionnants de la revue NU(e) de Béatrice Bonhomme et Hervé Bosio des approches complémentaires d'un écrivain.
Mon goût de lire s'enfonce dans la chair des livres. J'aime rester immobile et silencieuse après la lecture d'un roman, d'un poème, en faire mon miel. Voilà que vous m'ouvrez à un autre bonheur. Et ce que vous écrivez est juste : Angèle Paoli et Emmanuelle Caminade nous entraînant dans deux lectures différentes. La mienne résiste encore - comme l'est notre quête inlassable de sens en cette vie - mais mémorise ces deux méditations de hauts fonds.



Oui, François, j'ai trouvé aussi que sur ces nombreux billets un peu répétitifs, beaucoup ajoutaient des éléments précieux, témoignaient d'une lecture plus attentive, plus personnelle, mais ces éléments ne sont malheureusement évoqués que de manière fugace.
Un livre a bien sûr besoin dans un premier temps de ces courtes recensions incitatives, mais quand on est noyé sous leur avalanche, on est heureux de découvrir quelques analyses plus consistantes, comme celle d'Angèle qui ouvre en effet des perspectives nouvelles.



Très bel article !


Je n'ai pas (encore) lu le livre de Jérôme Ferrari mais j'ai particulièrement apprécié sa dignité, lors de la mêlée médiatique chez Drouant, et le rappel qu'il a fait des "hiérarchies" : l'élection d'Obama (voir la vidéo "parlante") !

http://bit.ly/RW3cpT


Dominique

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